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"Bons baisers de Bruges" de McDonagh

19.06.2008

Voir Bruges et mourir !

Le dramaturge Martin McDonagh a écrit et réalisé "Six Shooter", qui lui a valu l’Oscar 2006 du meilleur court métrage. Son premier long, "Bons baisers de Bruges", sort le 25 juin. Un petit joyau.

Lorène de Bonnay

Synopsis de "Bons baisers de Bruges"
Après un contrat qui a mal tourné à Londres, Harry intime l’ordre à ses deux tueurs à gages d’aller se faire oublier quelque temps à Bruges… Ray apprécie peu ce "trou à rats", tandis que Ken s’imprègne des beautés de la cité médiévale. En attendant les nouvelles instructions de leur employeur, ils font des rencontres insolites. Quand Harry se manifeste enfin et demande à l’un des tueurs d’abattre l’autre, le film prend une dimension insoupçonnée…

Critique de "Bons baisers de Bruges"
Bons baisers de Bruges crée la surprise grâce à sa tonalité. Un humour singulier. À la Henri Michaux (né en Belgique). Qui repose sur un scénario ingénieux, des personnages (et une ville) en demi-teinte et des situations cocasses (voire franchement ironiques !).
Dans la première partie du film, tels Vladimir et Estragon dans En attendant Godot, Ray et Ken sont plongés dans un espace-temps dramatique, suspendus à un fil. Ou plutôt à un coup de fil providentiel qui décidera de leur destinée. En attendant, ils déambulent dans cette ville de "conte de fée" lorsqu’un vrai nain fait irruption (il tourne dans un film d’art et d’essai)…
Contre toute attente, les péripéties burlesques, dramatiques ou poétiques s’enchaînent : la découverte du triptyque du Jugement dernier de Bosch au musée, une discussion animée à propos de théories racistes devant des prostituées ou un coup de foudre. Un tel mélange de tons, allié à l’originalité des dialogues, introduit une série de subversions. De nombreux clichés sont en effet détournés. Sur les Américains obèses, les Belges pédophiles, les nains suicidaires, le tourisme culturel, la religion ou les criminels justement ! Au fur et à mesure, le spectateur s’identifie aux deux compères. Surtout, il lui devient impossible de s’installer dans une émotion : l’humour côtoie la peur, le rire et le tragique.
Dans la seconde partie du film (après le coup de fil d’Harry le psychopathe), le rythme s’accélère, l’histoire s’aiguise. Les deux tueurs professionnels révèlent leur pureté, leur humanité. Harry débarque à Bruges. La ville grise et romantique vire au gothique. Le ciel se colore de sang. La tension dramatique va crescendo. Les plans rapprochés insistent sur les duels qui opposent les personnages. Les interprétations de Ralph Fiennes, Brendan Gleeson, Colin Farrell et Clémence Poésy sont éblouissantes.
Violence et non-sens atteignent leur paroxysme lors d’une course-poursuite (dans les rues de Bruges et jusqu’au sommet de son Beffroi) – le tout accompagné d’une bande-son fulgurante.
Derrière cette théâtralité, il y a une vérité très subtile. Qui a trait à l’humanité et à l’immoralité.

À découvrir absolument.

"Bons baisers de Bruges" de Martin McDonagh - Sortie au cinéma le 25 juin

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