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3 questions à Sylvie Verheyde
Avec "Stella", la cinéaste Sylvie Verheyde décrit l’année de sixième d’une petite fille, issue d’un milieu ouvrier, qui se retrouve catapultée dans un lycée bourgeois parisien. Chronique autobiographique, portée par les tubes des années 1970, "Stella" est notre coup de cœur du mois.
FEMMES : Stella (Léora Barbara, impeccable) apparaît comme un personnage profondément décalé.
Sylvie Verheyde : Stella vit dans le café de ses parents. À l’école, elle ne dispose donc pas des bons codes, ne porte pas les bons vêtements. Elle est inculte, ignore l’existence des camps de concentration ou l’orthographe du mot “signifiant” puisque, pour elle, rien ne fait signe. Avec sa copine Gladys, fille de psychanalyste, elle s’ouvre pourtant sur le monde. Chez elle, il n’y a rien.
FEMMES : Lorsqu’elle part en vacances, ne trouve-t-elle pas plus paria qu’elle : son amie Geneviève ?
Sylvie Verheyde : Si, absolument. Stella et Geneviève, qui appartient au quart monde, traînent, font du vélo ensemble, et cela suffit à leur bonheur. Moi aussi, quand j’allais dans le Nord, je changeais de statut. Si, au lycée, j’étais “la pauvre”, là-bas, je devenais “la riche”.
FEMMES : Dans les scènes incroyables du café, tout le monde arbore une tristesse patente…
Sylvie Verheyde : Ainsi qu’une grande fragilité. Avec Stella, je voulais d’abord exprimer l’idée que les enfants sont des adultes et les adultes (Benjamin Biolay, le père, Karole Rocher, la mère) des enfants. Dans tous mes films, j’essaie au fond de montrer des gens qui ne sont pas à leur place. Oui, si j’ai fait du cinéma, un univers a priori très éloigné du mien, c’est pour donner une voix à ceux qui n’en ont pas.
Stella de Sylvie Verheyde
Sortie le 12 novembre.



