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« Les Hauts de Hurlevent » de Kiju Yoshida
Une adaptation théâtrale, médiévale et brûlante du chef-d’œuvre d’Emily Brontë.
« L’érotisme, c’est l’acceptation de la vie jusque dans la mort. » C’est dans un texte consacré aux Hauts de Hurlevent, que Georges Bataille écrivit ce propos définitif. C’est à partir de cette phrase que Yoshida a lu puis adapté le chef d’œuvre d’Emily Brontë.
Son interprétation d’une passion par-delà la mort est donc résolument dépourvue de tout sentimentalisme. Les liens y sont d’autant plus forts, plus cruels, plus déchirants. Kinu (Yuko Tanaka) – incarnation nippone de Catherine –, la fille du gardien de la montagne Sacrée, et Onimaru (Yusaku Matsuda) – le Heathcliff de Brontë –, un enfant perdu recueilli par la famille, sont irrésistiblement attirés l’un par l’autre.
Dans le Japon médiéval, où Yoshida a transposé l’action, les rôles sont figés, les règles ne peuvent pas être transgressées. Chacun vit, parle et agit selon sa classe sociale. Ainsi, chaque personnage à une démarche bien particulière : les femmes avancent par tous petits pas, entravées qu’elles sont par leur robe ; les hommes font de grandes enjambées guerrières ; les serfs se déplacent les jambes ridiculement pliées comme leur condition de subalterne l’exige…
Tous se côtoient, mais ne se rencontrent pas. Le désir qui saisit les deux héros fait exploser cette théâtralité. Une ceinture qui se dénoue, un kimono qui tombe, deux corps qui se rapprochent : Kinu et Onimaru sont liés pour l’éternité, l’ordre social est détruit, la tragédie se déchaîne. Rarement une adaptation aura rendu aussi palpable l’incandescence des Hauts de Hurlevent.
Les Hauts de Hurlevent de Kiju Yoshida, avec Yûsaku Matsuda, Yûko Tanaka, Eri Ishida, Tatsurô Nadaka, Tomoko Takabe - Carlotta films - 14,99 euros.



