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Interview d'Ari Folman

05.08.2008

Valse avec le succès

Dans le très autobiographique "Valse avec Bachir", Ari Folman évoque la culpabilité des Israéliens qui, en 1982, laissèrent perpétrer les massacres de Sabra et Chatila, au Liban. Le film est un "documentaire d’animation" proche de "Apocalypse Now" de Francis Ford Coppola, et bien davantage qu’un succès d’estime : plus de 300 000 spectateurs l’ont déjà vu en France.

Sophie Grassin

FEMMES : Qu’est-ce-qui vous a poussé à choisir la voie de l’animation ?
Ari Folman : Lorsque j’ai commencé à travailler sur Valse avec Bachir, voilà cinq ans, j’ai immédiatement décidé d’y avoir recours. Je ne voulais pas faire une fiction. La vie est courte. Je ne pourrais réaliser qu’un nombre de films limités et celui-là n’est certainement pas l’un des moindres. Et puis, je n’aurais jamais trouvé le budget nécessaire pour tourner une fiction sur les massacres de Sabra et Chatila en Israël. Il n’était pas non plus question pour moi de me borner au documentaire pur. Quand j’imaginais Valse avec Bachir, je le voyais comme une série d’hallucinations. J’avais envie d’y inclure mes obsessions à l’image des levers et des couchers de soleil. Bref, de tout ce qui me procure un sentiment de liberté et de rédemption.

FEMMES : Le souvenir de Sabra et Chatila est-il encore tabou en Israël ?
Ari Folman : Les Israéliens ne se sentent pas coupables de ces massacres puisqu’ils sont le fait d’un régime chrétien. Leur colère vise donc les leaders politiques qui n’ignoraient rien de ce qui se passait et qui se servaient des soldats ordinaires comme de pions. Dans Valse avec Bachir, une psychiatre spécialisée dans le stress post-traumatique explique que des dizaines de milliers d’Israëliens trimbalent encore les souvenirs enfouis de ce qu’ils ont vécu.

FEMMES : Pourquoi avoir montré des extraits réels du massacre à la fin du film ?
Ari Folman : Je ne voulais pas que les spectateurs puissent sortir de la salle en se disant qu’ils n’avaient vu que des images d’animation. Il m’importait de montrer que des milliers de personnes avaient péri dans ces camps : vieillards, femmes et enfants.

'Valse avec Bachir'

FEMMES : La vision de soldats israëliens d’une maigreur effrayante sortant nus de la mer évoque-t-elle les camps de concentration ?
Ari Folman : Elle y fait, en effet, clairement allusion. Si la réaction a été si forte sur ces massacres en Israël, c’est que beaucoup d’entre nous faisaient le lien avec l’holocauste. Je suis moi-même issu d’une famille de survivants de la Shoah. Comme tout film, mais aussi plus que tout autre, Valse avec Bachir est, pour moi, une évidente thérapie. Le retour du refoulé. Quelque chose qui me pousse à accepter le soldat de 20 ans que j’étais.

FEMMES : Pourquoi la mer est-elle à ce point cruciale dans le film ?
Ari Folman : Je suis marin, j’aime la mer et je m’y rends aussi souvent que possible. Les images de rêves et d’hallucinations répétées ne pouvaient donc surgir que de là. Dans Valse avec Bachir, un soldat rentre à sa base à la nage. Il s’agit d’un épisode bien réel. Le type auquel c’est arrivé attendait depuis vingt-cinq ans de pouvoir raconter son histoire. La mer incarne la liberté totale et la vie. Mais pour le psy du film, elle représente aussi la peur.

"Valse avec Bachir" (Le Pacte) : sortie cinéma le 25 juin 2008

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