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Dans les plans de Joann Sfar (4/4)
L’an dernier, Gilles Jacob demandait à Joann Sfar de croquer le 60e anniversaire du Festival de Cannes. Se faufilant partout telle une souris, l’auteur du "Chat du Rabbin" a repu sa curiosité et même travaillé à d’autres desseins en 15 jours. Et au moment de publier "Croisette", Joann Sfar réalise déjà ses projets : l’adaptation de son plus grand succès BD et la vie de Serge Gainsbourg pour le cinéma.
FEMMES : Ces deux films excitent déjà beaucoup la curiosité des critiques comme du public…
Joann Sfar : Mais l’adaptation du Chat… ne sera prête que dans trois ans ! Parce que c’est de l’animation très méticuleuse, comme un retour à Blanche Neige et les sept nains : c’est-à-dire de l’animation sur papier, 24 images/seconde – pas du tout simplifiée comme peut l’être Persepolis. Avec Sandrina Jardel, mon épouse, nous avons six ou sept fois le script – moi qui ne récris jamais mes histoires ! –, le but du jeu étant que le spectateur ait l’impression de retrouver tout ce qu’il y a dans les cinq premiers albums alors que, par définition, cinéma et livre ne sont pas un seul et même médium. On ne raconte pas de la même façon. Et tout a été complètement repensé avec des comédiens formidables, qui nous entraînent, puisqu’on va faire les voix avant l’animation. Je suis allé chercher des gens que j’admire. Alain Chabat, qui sera le chat du Rabbin, a été le premier à accepter, et son nom a d’ailleurs énormément aidé à monter ce projet. Hafsia Herzi (la petite qui a joué dans La Graine et le mulet), fera la fille du Rabbin. Et pour le Rabbin lui-même, j’ai choisi un comédien de théâtre que j’aime au-delà de tout : Maurice Bénichou.
FEMMES : Le Festival de Cannes vous a-t-il aidé à approcher des gens, à faire votre casting ?
Joann Sfar : Non. Ce qui m’a aidé, c’est d’y avoir fait l’annonce. J’ai dit : "On s’y met", et dans les trois jours qui ont suivi, j’avais rendez-vous chez tous les financiers du cinéma. J’ai même bouclé le budget en quelques mois, ce qui ne se fait jamais.
FEMMES : Vous avez également monté une société de production.
Joann Sfar : C’est vrai. Autochenille, avec Clément Oubrerie, le dessinateur d'Aya de Yopougon, et Antoine Delesvaux, notre associé et co-réalisateur du Chat… à mes côtés. Cette société pourrait nous servir à adapter beaucoup de mes BD, mais aussi celles de Clément et d’autres de la bande comme Christophe Blain et Riad Sattouff. Ça me plaît d’avoir des auteurs à la tête d’une boîte : ça permet de faire des choix, tout au moins d’être responsable de ce qu’on décide. Pour le film sur Gainsbourg, j’ai fait appel à une autre société de productions : One World Films, créée par Marc du Pontavice et Didier Lupfer, deux vieux routards du milieu.
FEMMES : Que pouvez-vous révéler de ce film décidément très secret ?
Joann Sfar : Le titre : Serge Gainsbourg : vie héroïque. Je peux dire aussi que le pianiste Gonzales va prêter ses mains à Serge Gainsbourg, et que l’équipe qui a réalisé les effets spéciaux du Labyrinthe de Pan [DDT, mené et fondé par David Martí, ndlr] concevra les créatures surnaturelles du film... C’est à peu près tout ce que j’ai le droit de raconter ! Il s’agit d’un film qui débutera dans les années 1940 et se terminera dans les années 1980 : en termes de production, cela signifie près de cinq mois de tournage, avec de très grosses équipes.
FEMMES : Difficile, alors, de rassurer votre premier public, tous ces "lecteurs [qui] peuvent légitimement se demander si on ne [vous] a pas coupé les doigts"…
Joann Sfar : Ah ! Vous avez été sur mon site ! Et je vous y renvoie, puisque mon actualité BD reste inchangée ! J’ai honte ! Bon, en ce moment – la nuit, plus précisément, puisque je m’occupe de mes films en journée –, je dessine Le Petit Prince. Je ne touche presque pas au texte original de Saint-Exupéry, c’est donc un vrai boulot de mise en scène dans laquelle le personnage de l’auteur a presque autant d’importance que celui du Petit Prince. C’est comme si je mettais en scène une pièce de théâtre, en me disant : "Ne touche pas au texte mais réfléchis à ce que tu vas montrer à l’image !" Il y aura 120-130 pages. Je dessine aussi le volume 4 de Klezmer. Et une nouvelle série de bande dessinée : L’Ancien Temps, qui va se passer au Moyen Age, un peu à la Rabelais, avec des carnavals, des princes, tout ça… (Je regarde votre liste…) La Vallée des merveilles : j’ai écrit tout le volume 2 mais je n’ai pas commencé à le dessiner ; Petit Vampire : pareil ; Le Minuscule mousquetaire : pareil. Et Socrate le demi-chien, c’est pire : on a 25 pages mais on a dû arrêter parce que je n’ai rien écrit depuis des mois – pourtant, on se voit tout le temps, avec Christophe [Blain, ndlr], mais pour faire la fête ! (Quoi d’autre sur votre papier ? Ah oui…) Emmanuel Guibert et moi avons acheté les droits de Sardine de l’espace – c’est bizarre d’acheter les droits de son propre album ! – pour en faire une série télé. Quant à l’adaptation d’Aya de Yopougon, ce sera le deuxième long métrage en dessins animés produit par notre Autochenille. Il est d’ores et déjà prévu de le mettre en route dans quelques mois : impossible d’attendre la fin du Chat… pour travailler dessus !
Lire la critique de "Croisette", le dernier carnet de Joann Sfar



