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La liberté Sagan
Dans "Sagan" de Diane Kurys, film à la fois très drôle et très désespéré, Sylvie Testud réalise une performance mimétique. A ses côtés, Bruno Podalydès, qui campe Guy Schoeller, et Jeanne Balibar (formidable) en Peggy Roche. Interview.
FEMMES : Que saviez-vous de Françoise Sagan quand Diane Kurys vous a proposé le rôle ?
Sylvie Testud : Comme tout le monde, j’avais lu Bonjour tristesse mais je trimbalais une idée assez fausse du personnage. Je m’imaginais une femme stricte. Une intellectuelle vaguement ennuyeuse. Elle alliait les contraires. C’était à la fois une intellectuelle et une jeune fille de bonne famille. Elle représentait un mythe mais on la surnommait "Kiki". Elle adorait l’oisiveté mais ne cessait d’écrire. Elle se montrait très timide mais pouvait être extrêmement drôle. Bref, je ne parvenais pas à la cerner. D’ailleurs, plus je rencontrais les gens appartenant à son entourage, plus elle devenait floue.
FEMMES : Qui avez-vous croisé ?
Sylvie Testud : Sa secrétaire, bien sûr, qui entretenait avec elle des rapports presque amoureux, mais aussi son fils. Quand il m’a vue maquillée, il s’est mis à trembler.
FEMMES : Comment vous êtes-vous approprié le personnage ?
Sylvie Testud : Pendant deux mois et demi, j’ai visionné des archives sur Sagan. Je regardais ses interviews. J’étudiais sa manière de se déplacer. Je suis même allée voir un orthophoniste pour "attraper" son demi-chuintement. Sagan parle très vite, puis traîne sur les syllabes. C’est donc une diction très particulière. J’ai aussi demandé au coiffeur de me couper cette fameuse frange longue qui me force à pencher la tête, un peu comme elle. Cela dit, avant d’accepter le rôle, j’étais terrorisée. J’avais très peur d’abîmer une image restée très forte dans la mémoire collective. Et puis, je me suis souvenue de ce que dit souvent Isabelle Huppert : "On croit parfois que certains rôles vont tout vous prendre alors qu’ils vous donnent tout."
FEMMES : Quelles difficultés précises avez-vous rencontré sur le tournage ?
Sylvie Testud : Je pouvais avoir 18 ou 50 ans dans la même journée. Du coup, il m’arrivait de perdre le nord. Je me baladais sur le plateau en demandant aux membres de l’équipe : "Et, là, vous pouvez me dire quel âge j’ai ?"
FEMMES : Qu’est-ce-qui vous marque le plus chez Françoise Sagan ?
Sylvie Testud : Elle fait les choses au moment exact où elle a envie de les faire. Elle se libère constamment du poids que la société nous impose. Elle proclame à l’envie : "Ce n’est pas parce que je suis une intellectuelle que je dois vivre comme un vieux croûton." C’est une survivante : elle a été addict à la morphine. Elle a échappé à un accident de voiture à l’issue duquel un prêtre lui a administré l’extrême-onction. Sagan n’a pas eu peur de vivre. Sa liberté, sa désinvolture et son élégance sont, pour moi, des leçons.
FEMMES : Comment êtes-vous sortie du tournage ?
Sylvie Testud : D’ordinaire, je tombe malade à la fin de chaque film. Cette fois – et ça n’est pas innocent – j’ai développé une bonne pneumonie. Et puis, il y a eu la première projection de Sagan. Je n’en menais pas large car tous ses amis étaient dans la salle. Quand la lumière s’est rallumée, personne n’a bougé. Je frôlais déjà la crise cardiaque… quand j’ai réalisé qu’ils pleuraient.



