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Demy tout entier (2/2)
Un coffret de 12 DVD et un CD audio, "Jacques Demy", édition intégrale (Arte vidéo), rassemble la totalité de son œuvre. La parole est à sa famille : Agnès Varda, son épouse, Rosalie, sa belle-fille, et Mathieu son fils.
FEMMES : Rosalie, pourquoi avoir choisi de présenter Peau d’âne ?
Rosalie : Par affinité, bien sûr, et à cause de mon rapport avec Jacques. Quand il a réalisé Peau d’âne, j’étais encore une petite fille. Je baignais dans le monde merveilleux des contes et, chaque soir, Jacques, avec son don très particulier, me racontait une histoire. Il prenait des bouchons en plastique, les mettait sur son doigt et faisait surgir des petits bonshommes, tu te souviens, Agnès ? Et puis, j’ai assisté au tournage du film. C’est sur le plateau qu’a sans doute jailli mon désir inconscient de devenir costumière.
Agnès : On te voit 5 secondes dans un escalier. Tu portais, d’ailleurs, une robe faite sur-mesure…
Mathieu : La grande classe pour une figurante.
FEMMES : Vous, Mathieu, vous avez opté pour La Baie des anges…
Mathieu : Oui, mais à l’image de Rosalie ou d’Agnès (qui s’empressent d’aquiescer), j’aurais très bien pu évoquer un autre long métrage de Jacques. Je ressens néanmoins La Baie des anges comme une sorte de concentré bizarre. La place que Jacques y accorde au hasard n’est plus un chemin de traverse mais devient essentielle. Et puis, par rapport au reste de son travail “en chanté”, coloré, le film, en noir et blanc, est sombre, austère. Bref, vachement intéressant.
FEMMES : Vous, Agnès, vous commentez La Naissance du jour et Le Bel indifférent.
Agnès : Il n’y avait personne d’autre, c’est ça ? Non, je blague. Je n’adapte jamais aucun roman, mais si j’avais du m’y risquer, j’aurais pu choisir celui là. Colette n’est plus jeune mais pas encore vieille, elle regarde un peu de côté le désir et l’amour, c’est assez beau, ça… Et puis, quand Jacques filme l’incroyable Danièle Delorme, dans son lit, écrivant avec ses chiffons et son chat…
Mathieu et Rosalie (ensemble) : C’est toi !
Agnès : Un clin d’œil, en tous cas.
FEMMES : Quel héritage Jacques vous a t-il légué ?
Mathieu : C’est Agnès qui m’a orienté vers la comédie puisqu’elle m’a proposé de jouer dans ses films. Avec Jacques, tout a transité par le cinéma. Assez secret, il parlait peu, ne se répandait pas. Mais, lorsque j’étais gamin, en vacances, à Noimoutier, il me projetait ses films tout le temps, avec une certaine insistance. J’ai fini par comprendre que c’était une manière de me dire quelque chose. Aujourd’hui, je prolonge sa parole. Je commence aussi à réaliser des courts métrages. Or, Jacques préparait ses films avec une méticulosité extrême qui me rattrape.
Agnès : Jean-François Stevenin expliquait qu’il y avait une épée en lui sur un plateau. Jacques était d’une précision, disons, rigoureuse.
Rosalie : Une main d’acier dans un gant de velours. J’ai fait mon premier film avec lui comme costumière en 1980. Et j’avais beaucoup plus peur que si j’avais travaillé avec n’importe qui d’autre. Il vous montrait un Van Dongen et vous disait: “Je voudrais ce rapport de couleurs”. Il avait donc, par souci de simplicité, souvent recours aux mêmes collaborateurs. Je dois beaucoup à Jacques. Je lui dois de m’avoir montré des plans de cinéma qui ont décidé de mon métier : notamment Ana Magnani dans Le Carrosse d’or, où elle porte une robe de taffetas bronze et un corsage violet et vert. Et puis, il m’a aidé à développer mon côté artistique. Dans mon enfance, Jacques m’achetait du papier crépon pour que j’y taille des robes. Agnès m’accompagnait au musée. Lui, à l’opéra.
Agnès : Nous avons dû emmener Mathieu, à la Cinémathèque, à 2 mois, pour voir un film de Renoir. J’avais emporté un biberon. Je me disais : “S’il couine, je le lui mets dans le bec.” Plus sérieusement, Jacques et moi, nous nous réjouissions d’avoir des enfants artistes. Nous ne les avons jamais poussés à faire des études sérieuses. Il faut reconnaître aussi que nous étions des autodidactes.
Rosalie : Jacques qui nous projetait souvent des copies 16 mm, a montré à mon fils, Valentin, (Valentin Vignet, réalisateur avec Thomas Benigni des boni du coffret) Le Joueur de flûte à 6 ans, en anglais. Comme il ne comprenait rien, il s’est attaché au cadre et à la lumière.
Mathieu : Oui, parce qu’on ne vous l’a pas dit, mais il y a une quatrième génération Demy.
Lire la première partie de l'interview
Coffret Jacques Demy : intégrale
12 DVD, Arte Video
Sortie le 2 novembre



