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Resnais au sommet
Alain Resnais, 87 ans, ne cesse de surprendre et d’enchanter. La preuve avec « Les herbes folles », son nouveau film facétieux et fascinant. Attention, chef-d’œuvre !
Il y a un demi-siècle, son patronyme rimait avec intellectualisme radical. Aucune chance de réjouir ses zygomatiques en évoquant Hiroshima mon amour ou Providence. Aujourd’hui, Alain Resnais, 87 ans et une inspiration juvénile au beau fixe, démontre que les grands artistes ne signent pas toujours leurs œuvres les plus graves en fin de parcours. Ses films (Smoking, No Smoking, On connaît la chanson) restent profonds, métaphysiques même, mais leur fantaisie espiègle et leur charme prohibent l’esprit de sérieux. La preuve avec Les herbes folles, un nouveau sommet. Soit l’histoire, dixit Resnais, de « personnages qui suivent des pulsions totalement déraisonnables, comme ces graines qui profitent de l’asphalte en ville pour pousser là où ne les attend pas. »
Quelles sont ces nouvelles graines ? Voici Marguerite (Sabine Azéma), à qui l’on vole son sac à la sortie d’un magasin. Et voilà George (André Dussollier), qui tombe sur ledit sac et entreprend de retrouver sa propriétaire. La bonne intention civique tourne rapidement à l’obsession passionnelle, hilarante et inquiétante. George ne pense plus qu’à Marguerite. Marguerite résiste, puis s’alarme quand George semble moins pressant. Qui sont-ils vraiment, ces deux protagonistes a priori anodins ? L’argument du scénario (d’après L’incident, de Christian Gailly) tient sur un demi-confetti, mais le cinéaste met en scène une aventure qui ne ressemble à rien de connu.
Dans des décors ordinaires (pavillon, parking, commissariat) sublimés par des couleurs lumineuses héritées du cinémascope, les deux personnages rêvent de baisers hollywoodiens tout en ressassant fantasmes, souvenirs d’enfance et folie pas forcément douce. La mise en scène multiplie les artifices et les subterfuges. Resnais joue avec les clichés du cinéma, les genres, fait le grand écart entre le dérisoire apparent de son script et l'ampleur majestueuse de sa mise en scène.
La simplicité des Herbes folles camoufle des zones d'ombres qui déstabilisent délicieusement. Au final, un film vertigineux qui donne à rire, à réfléchir et laisse pantois. Même excellence du côté des acteurs. Azéma et Dussollier, fidèles de la maison Resnais, rivalisent d’invention. Leurs jeunes partenaires (Mathieu Amalric, Emmanuelle Devos, Edouard Baer) les imitent. Ne cherchez pas de film plus stimulant à l’affiche, il n’y en a pas !
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Les herbes folles |
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