Culture | Cinéma | 

Les productrices d'"Entre les murs"

28.08.2008

Fidélité production

Elles ont partagé le même sujet de thèse (l’implantation du cinéma français aux Etats-Unis), se sont rencontrées en 1993 et ont fondé ensemble Haut et Court, une société de production et de distribution qui défend des auteurs exigeants : Bertrand Bonello, Gilles Marchand, Marc Fitoussi, Robin Campillo, Julie Bertuccelli… Carole Scotta et Caroline Benjo ont toujours suivi le travail de Laurent Cantet, qui, lorsqu’il parle d’elles , emploie le "nous". "Entre les murs", qui concourra peut-être pour l’Oscar en février prochain, leur vaut leur première Palme d’Or. Elles la méritent.

Sophie Grassin

FEMMES : Depuis quand collaborez-vous avec Laurent Cantet ?
Carole Scotta et Caroline Benjo : Nous travaillons ensemble depuis douze ans. Nous connaissions ses courts métrages : Tous à la manif et Jeux de plage. Nous aimions aussi beaucoup son moyen métrage : Les Sanguinaires. Nous lui avons donc commandé un film dans la série 2000 vu par…, réalisée par des cinéastes internationaux et diffusée sur Arte. Pierre Chevalier, qui, à l’époque, dirigeait l’unité fiction de la chaîne, nous a mis le pied à l’étrier pour Ressources humaines. Bref, nous avons accompagné et produit les trois longs métrages de Laurent : Ressources humaines, L’Emploi du temps et Vers le Sud.

FEMMES : A quel moment a t-il évoqué Entre les murs ?
Carole Scotta et Caroline Benjo : Laurent voulait depuis longtemps faire un film sur l’école. Il avait commencé à y réfléchir avant le tournage de Vers le Sud qui avait été repoussé en raison de la crise politique en République Dominicaine. Il avait pris des notes. Puis, il les avait laissées de côté. Pendant la promotion du film, il a rencontré François Bégaudeau dans une émission de France Inter. Par une sorte de hasard heureux, nous avions, de notre côté, déjà pris une option sur Entre les murs, le roman de François, auprès de Gallimard. François avait eu en de nombreuses propositions d’adaptation et les avait toutes refusées. Cette fois, parce qu’il aime le travail de Laurent, sa profonde honnêteté et le regard qu’il porte sur le monde, il a accepté.

FEMMES : Croyiez-vous dès le départ à l’universalité du film ?
Carole Scotta et Caroline Benjo : Oui. Nous n’avions aucun doute là-dessus. Nous étions persuadées que, même sur Mars, Entre les murs serait compris et accepté.

FEMMES : Quand avez-vous perçu l’amorce d’un frémissement cannois ?
Carole Scotta et Caroline Benjo : Dès le premier week-end du Festival, au marché du film. Entre les murs avait beau avoir été sélectionné avec cinq jours de retard sur les autres longs métrages en compétition, nous sentions bien que les acheteurs étrangers réagissaient. Les distributeurs indépendants italiens, espagnols et belges, qui connaissaient déjà l’univers et de Laurent, adhéraient au film. Des territoires, comme Taïwan ou la Corée qui n’avaient jamais vraiment palpité jusqu’alors, se manifestaient. Le lendemain du palmarès, Sony Classics (Etats-Unis) achetait la Palme d’Or. Il faut dire que Screen, Variety et le New York Times avaient défendu Entre les murs. Et que Ressources humaines, puis Vers le Sud avaient bien marché outre-Atlantique. Vers le Sud, surtout. Les Américains considéraient cette histoire de femmes mûres, partant en vacances en Haïti et succombant au charme d’hommes plus jeunes qu’elles, comme un véritable phénomène de société.

Les trois précédents films de Laurent Cantet

FEMMES : Comment la sortie en France va-t-elle se passer ?
Carole Scotta et Caroline Benjo : Nous avons d’abord résisté à l’idée de l’élargir, mais nous avons subi une pression d’enfer. Le film ne s’appelle plus Entre les murs, mais "la Palme". Et tout le monde veut programmer "la Palme" dans sa salle. Vers le Sud était sorti en France sur 130 copies. Entre les murs sortira sur 350 écrans. En revanche, nous avons négocié avec certaines salles pour qu’elles le gardent à l’affiche au moins six semaines. Côté promotion, nous refusons beaucoup de choses car il y a, là aussi, énormément de demandes. Mais nous ne pouvons pas non plus garder le film dans un coffre-fort jusqu’au 24 septembre, date de sa sortie. Nous essayons donc de privilégier le travail qualitatif (un Envoyé spécial est prévu sur France 2) et certaines salles qui font un vrai travail sur le cinéma d’auteur toute l’année.

FEMMES : Haut et Court, votre maison de production, a-t-elle parfois connu des années difficiles ?
Carole Scotta et Caroline Benjo : On peut dire, qu’à l’exception de celle-ci, toutes les années ont été difficiles. Mais Haut et Court cumule deux fonctions : la production et la distribution. Or, les bons résultats de l’une ont toujours compensé les mauvais de l’autre. Nous avons parfois financé des longs métrages dont nous étions très fières mais qui ne rencontraient pas leur public. Nous avons parfois – provisoirement – renoncé à monter des films, comme Où sont les hommes ? d’Emmanuelle Bercot (Clément, Backstage), qui bénéficiait pourtant d’un casting alignant les noms d’Eric Cantona et d’Alice Taglioni. Sans doute allons-nous le réactiver. Cette Palme d’Or consacre quinze ans de travail et toute le monde la trouve plutôt légitime. Nous savourons à sa juste valeur cette vague de sympathie.

Lire l'article sur les coulisses de "Entre les murs"

Lire l'interview du proviseur de "Entre les murs"

Commentaires
Please wait...
Please wait...
Publicité

© 2007 Prisma Presse - Tous droits réservés | Conditions générales d'utilisation | Crédits | Contacts | Publicité | Ma page My Femmes | Flux RSS Flux RSS |

Un site du groupe Prisma Presse (G+J Network) - Ça m'intéresse - Capital - Ce soir TV.com - Cuisine Actuelle - Prima Cuisine Gourmande - Femme Actuelle - Gala - GEO - GEO Ado - Guide Cuisine - Management - Mon voyageur - Prima - Programme TV.net - Télé-Loisirs - Télé 2 semaines - TV Grandes Chaînes - Voici - VSD

Autres sites : Mots fléchés - Programme télé - People - Stars