- AAA Taille de texte
- Envoyer à un(e) ami(e)
- Imprimer cette page
- Commenter
Une "dolce vita" berlusconisée
Avec "Made in Italy", Stéphane Giusti, réalise un "drôle" de film autobiographique…
Synopsis de Made in Italy, de Stéphane Giusti
Ecrivain français né en Italie, Luca Morandi a quarante ans et ne sait plus à quel sein se vouer. Celui de son pays d'adoption, la France, qui l'a nourri, logé et élevé ? Ou celui de son pays de naissance, l'Italie, idéale, fantastique et légendaire comme un rêve d'enfant ? Aujourd'hui, Luca est en crise : il n'est plus italien, il n'est plus français, il n'est plus rien.
Son père, chirurgien esthétique réputé, meurt brutalement. Luca retourne à Turin avec sa sur Isabella pour les obsèques. Mais l'enterrement, ce deuil qui était censé le faire grandir, vire au cauchemar : veuves, maîtresses inconnues, nouveaux frères et surs, dettes à en perdre la tête, Italie changée, nouvelle, "berlusconisée" et sans mémoire. Luca redécouvre le pays de son enfance et sa propre vie avec des yeux d'adulte mais plus rien n'a la même saveur sauf peut-être Lilla, son amour d'enfance qu'il retrouve au détour d'un stade.
Luca ne parvient pas à faire son deuil, sans cesse poursuivi par l'ombre de ce père amoureux de la vie, des femmes et des voitures décapotables rouges. De la haine à l'amour, du ressentiment au pardon, Luca va aussi redéfinir les règles et le sens de sa propre identité, de sa propre existence, réconcilier la France qui est en lui avec son Italie natale. Des deux côtés des Alpes, la vita est dolce et belle.
La critique de Made in Italy
"Enfant, je ressemblais à Luca", avoue Stéphane Giusti. Français d’origine italienne, Luca Morandi est empêtré dans deux langues, deux cultures à la fois proches et contradictoires. Ce personnage duel - interprété par Gilbert Melki – est aussi haut en couleur que le drapeau italien qui surgit dès le générique du film. Vert et rouge, deux couleurs complémentaires qui s’exaltent, réunies par le blanc : le vert de la sensualité italienne, allié au rouge révolutionnaire des Lumières et du rationalisme français… Tout un programme !
La première séquence kitschissime promet : une vision glorieuse de la dolce vita italienne. Pris dans un embouteillage, un couple écoute de la musique ; le mari macho commence à chanter, draguer et danser. Comme dans un canevas de farce italienne, chacun improvise son rôle : le boulevard se métamorphose alors en comédie musicale ! La drôlerie ironique côtoie la bonne humeur. Mais les scènes suivantes sont déceptives.
Les dialogues, déjà, sont artificiels. Trop informatifs. Les personnages, irréalistes, ne sont que des caricatures : l’écrivain raté, la sœur moderne inhibée, l’homme à femmes et à voitures – chirurgien esthétique sensible à toutes les carrosseries !
En abordant les thèmes de la nostalgie du retour à Turin et du deuil, le cinéaste n’émeut pas assez. Même si Luca et sa sœur Isabella réapprennent à aimer cette ville - chargée de réminiscences mais ravagée par vingt ans de terrorisme. Même si Luca incarne deux Italie : la culturelle (avec Pavese, Pasolini, de Sicca, les albums Panini, la pizza, les films spaghetti et la Mafia) et la superficielle, sous le joug de Berlusconi, des magouilles et des paparazzis.
Bien sûr, les rôles féminins donnent de la chair et du mordant au film. Chacune illustre un type de la comédie italienne : Françoise Fabian rappelle la femme-enfant des années 60 (telle Silvana Mangano) ; Vittoria Scognamiglio, c’est l’ex-terroriste des années 70 reconvertie à l’altermondialisme, qui fait son shopping chez Gucci ; Elli Medeiros représente l’ex-mannequin friquée des années 80. Les versions modernes de ce spectre sont aussi variées : de Caterina Murino – Sophia Loren bimbo customisée –, à Amira Casar, masochiste frustrée, en passant par Barbora Bobulova, la garçonne, fan de la Juventus.
Stéphane Giusti a volontairement choisi un ton instable : "On manque de comédies humaines aux personnages pas forcément réalistes, qui nous font passer du rire aux larmes". Mais la parodie n’est pas assez grinçante, la nostalgie peu profonde. Pris dans une série d’images d'Epinal italiennes, de téléréalité burlesque à outrance et de tendresse diluée, le spectateur aimerait que l’émotion ou le rire le gagne franchement… Mais il s’ennuie.
Heureusement, les chansons sirupeuses qui émaillent le film sont excellentes : de purs tubes "made in Italy" ! A défaut du reste.
"Made in Italy" de Stéphane Giusti (Elzevir Productions), avec Gilbert Melki, Amira Casar, Françoise Fabian... - Sortie cinéma le 02 juillet 2008



