- AAA Taille de texte
- Envoyer à un(e) ami(e)
- Imprimer cette page
- Ajouter un commentaire
Liens de parenté ?
C’est un des longs métrages de Leo McCarey qu’Alain Resnais préfère. C’est aussi celui qu’on revoit le moins souvent. Voici enfin l’occasion de (re)découvrir le drolatique "Place aux jeunes".
Leo McCarey (1898-1969) a mis en scène Laurel et Hardy, les Marx Brothers. Il est l’auteur d’Elle et Lui, merveilleuse comédie amoureuse dont il tourna deux versions, l’une en 1939 avec Irene Dunne et Charles Boyer, l’autre en 1957 avec Deborah Kerr et Cary Grant. Et pourtant, c’est ce film, Place aux jeunes, qu’il préférait, malgré son insuccès.
Ce plébiscite contredit son credo. Leo McCarey voulait signer des longs métrages où l’on rie et l’on pleure, où l’on se sente plus heureux à la fin qu’au début. Or cette histoire, tournée en 1937, se termine de façon poignante. Elle renvoie à la société un miroir cruel, souligne la dégradation des rapports sociaux, démontre comment égoïsme et matérialisme peuvent mener à des comportements scandaleux.
Les héros de Place aux jeunes sont les deux membres d’un vieux couple. Barkley (Victor Moore) et Lucy Cooper (Beulah Bondi) ont vécu 50 ans ensemble, élevé cinq enfants, mais – incapables de continuer à mener leur train de vie (pourtant modeste) – ils ont dû céder leur maison à une banque. Les voilà à l’aube de se retrouver à la rue. Cette situation les met moins mal à l’aise que leurs fils, filles, belles-filles et beaux-fils, peu empressés à les accueillir chez eux, le temps de trouver une solution.
Ce que décrit Place aux jeunes, mêlant la satire et l’émotion, c’est un processus inexorable qui va mener ces époux à vivre séparés, comme si l’un d’eux était mort, alors qu’ils demeurent amoureux comme au premier jour. Dans un premier temps, ils sont hébergés chacun de leur côté, elle chez un fils, lui chez une fille. Cette cohabitation s’avère insupportable pour les "jeunes", conjoints et rejetons. Lucy va être placée dans un hospice, tandis que Barkley est expédié loin, en Californie, où le climat est censé mieux lui convenir.
Placé d’emblée sous l’exergue de l’un des dix commandements ("Tu honoreras ton père et ta mère"), ce drame aux accents burlesques oppose une certaine grandeur d’âme à une génération de la mesquinerie. Leo McCarey plaide pour une tolérance susceptible de complexifier le regard sur les êtres. On peut, avec ses hôtes, considérer que Lucy se conduit comme une Tatie Danièle, sabotant le cours de bridge donné à domicile par sa belle-fille. Coupable de faire grincer son rocking-chair, de bavarder avec les invités, de ne pas rester discrètement dans sa chambre, cette vieille femme révèlera au contraire une admirable abnégation, épargnant à son fils la corvée de lui annoncer qu’il s’en débarrasse, et à son époux la douleur d’apprendre qu’elle est condamnée à l’asile de vieillards.
La magie de ce chef-d’œuvre réside dans ce cocktail de fatalisme, de saynètes drolatiques (la méprise du vendeur de voitures) ou émouvante (l’ultime visite des vieux époux à l’hôtel où ils passèrent leur lune de miel), et de tact : "A un certain âge, dit la grand-mère indésirable à sa petite-fille, le seul plaisir qui nous reste est de prétendre qu’on n’a pas de problèmes. Alors s’il te plaît, laisse-moi faire semblant."
"Place aux jeunes" (1937), mais aussi "Poker party "(1934), "L’Extravagant M. Ruggles" (1935) et "Ce n’est pas un péché" (1937) sont maintenant édités en versions entièrement remasterisées et restaurées chez Bac Vidéo - Sortie DVD le 3 juin 2008



