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Carole Bouquet : "Il faut aimer rire !" (1/2)
C’est la plus élégante, dans tous les sens du terme, des actrices françaises. La plus pudique aussi. Mais Charles Dantzig a su la faire parler de sa vie, de son métier et de l’Italie, qu’elle aime passionnément. Carole Bouquet ne lit jamais ce qu’on écrit sur elle… Cette fois, peut-être ?
Beaucoup d’éléments distinguent Carole Bouquet de ses consœurs, et j’emploie le mot "distingue" à dessein. Le premier est qu’elle est grande. On dirait que le métier des acteurs n’est pas d’avoir du talent, mais d’être petits. Marilyn Monroe. Tom Cruise. Courteney Cox. Et être grand, surtout pour une femme, n’est pas facile. On se voûte légèrement, pour s’excuser. Il m’a semblé que Carole Bouquet avait cette ombre charmante sur les épaules. Elle nous servait du thé, dans sa cuisine, et nous travaillions. Ne croyez pas que les comédiens, ça soit toujours Hollywood Babylone, et les écrivains, Las Vegas Parano. La deuxième distinction de Carole Bouquet est qu’elle est bien élevée. La façon de se tenir assise. La voix posée. Les dentales sonnantes. Cela aussi change d’un milieu où, ayant souvent voulu sortir d’un environnement mesquin, on en a gardé des manières parfois hasardeuses. Pour son maintien et pour une certaine grâce lente, Carole Bouquet se situe dans la lignée d’Alida Valli, la grande actrice italienne de Senso, née Alida Altenburger von Marckenstein und Frauenberg. Carole Bouquet (au nom de famille si français, au prénom resté si joliment proche du latin) ne tient pas sa bonne éducation de l’aristocratie du Saint-Empire romain germanique, mais de cette crème de la société française, la petite bourgeoisie ayant fait des études glorieuses. Elle en vient à son père, polytechnicien, qui l’a élevée seul et dont elle parle spontanément et beaucoup. Je lui ai demandé si elle se reconnaissait dans la masse des articles écrits sur elle. Elle ne savait pas, car elle ne les lit pas. "Et d’ailleurs, qu’y faire ?" Je la comprends. A la longue, on laisse dire les journalistes et leur tendance à l’invention. Et on prend le parti d’avoir à côté de soi une personnalité en plus ; ça ne doit pas être gênant pour une actrice. Ce qui me paraît sûr, pour avoir comparé les articles avec sa conversation, c’est que Carole Bouquet est une fille à père. Cela crée ces femmes énergiques, voulant bien faire, ne se plaignant jamais, admirant les hommes, ne parlant jamais d’autres femmes et décidant qu’il faut aimer rire.
Telle est Carole Bouquet, qui n’a donc pas voulu faire du cinéma par vénération adolescente de telle ou telle grande actrice, encore moins par désir de célébrité : elle séchait le lycée, passait ses journées dans un cinéma des Champs-Elysées où elle regardait des films toute la journée, pas d’art et essai, du cinoche. Il lui semblait que la vraie vie se passait là. "Le cinéma m’a plus appris la vie que la vie elle-même." Je crois que nous pourrions tous reprendre à notre compte la déclaration de Truffaut dans La Nuit américaine : "Les films sont plus harmonieux que la vie, Alphonse. Il n’y a pas d’embouteillages dans les films, il n’y a pas de temps morts." L'écrivain remplacerait "films" par "livres", le peintre, par "tableaux", etc. L’art apprend plus la vie que la vie elle-même. Devenue comédienne, Carole Bouquet n’a jamais réclamé de rôle. Ah ! Elle n’est pas comme cette grande star du cinéma français dont une consœur me disait que son meilleur emploi était celui de démolisseuse téléphonique, ayant raflé plus d’une distribution en disant au metteur en scène que l’actrice prévue était folle, malade ou une emmerdeuse.



