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24.03.2009

Hommes livres : Hommes Libres

Dans cette exposition intitulée Fahrenheit 451, Thu Van Tran, artiste vietnamienne propose une relecture de l’univers de Ray Bradburry. Une exposition ancrée dans l’actualité.

Marion Coville

Le roman de Ray Bradburry, nous donne à voir une société où les livres sont interdits, traqués et brûlés, la langue devient alors une forme de résistance dans un monde où la censure et la propagande sont les maîtres... Qu'en est il de la relecture de Thu Van Tran ?

Dès l’entrée, les sens sont saisis. L’odeur de l’acrylique nous envahit, tout comme le silence qui règne au cœur de l’exposition. Les murs blancs et leur luminosité presque aveuglante rappelle l’esthétique de THX 1138 (premier film de George Lucas). Cette ambiance si particulière semble nous ordonner de garder le silence…

Dès nos premiers pas, on peut apercevoir le résumé du livre, retranscrit en langage phonétique, première annonce que l’écriture n’est plus, et que le langage est le seul moyen de survie pour le savoir. S’en suit la découverte d’une étrange bibliothèque de béton où les livres sont comprimés et inaccessibles. Cachette ou prison, on ne sait plus vraiment de quel côté pencher, mais cette installation instable inquiète.

Thu Van Tran à Bétonsalon, vue d'exposition (2)

Alors nous nous détournons, et nous restons pétrifiés devant l’autodafé de Didier Rittener. L’artiste a brûlé l’un de ses dessins, et nous voilà face à ce qu’il en reste : cendres, morceaux de verres… On ne peut rester de marbre devant la violence contenue dans cette œuvre qui, en plus d’aborder la censure, fait écho aux chapitres les plus noirs de notre histoire.

Thu Van Tran ne nous laisse pas le temps de nous ressaisir, on est rapidement assailli par les différentes images de la censure et de la dictature. Beaucoup d’échos se bousculent, de nombreux faits d’actualités résonnent dans les consciences… Difficile de ressortir de l’espace sans être submergé. Tout a été minutieusement pensé : le sol et ses bas relief, symbole d’une utopie urbaniste qui n’est plus, la photographie de la statue de Staline, qui rappelle à la fois la dictatutre et sa chute, ainsi que d’autres objets évoquant tous l’échec des idées, des espoirs.

L’exposition est chapitrée par les affiches de Chi Waï Ng dont les slogans renvoient à la fois aux différents passages du livre ainsi qu'à différentes réflexions sur notre quotidien.
Des affiches, des murs, une statue, les restes d'un feu… Nous ne savons plus vraiment si nous nous trouvons dans un univers aseptisé ou un espace urbain, chaotique et surveillé… Les références sont nombreuses et un certain pan de la littérature semble prendre forme dans cette salle (Le Meilleur des Mondes – Aldous Huxley, et 1984 – Georges Orwell pour ne citer qu’eux.)

Nous contournons alors cet espace, nous longeons les murs par cet étroit couloir silencieux parcouru d’affiches. On y croise une affiche représentant le limier-robot, l’instrument qui, dans le roman de Bradburry permet d’exterminer les livres.

Nous arrivons alors face à une table présentant différents livres : une installation nommée « L’imaginaire ne cédera pas »… une matérialisation des ouvrages, une commémoration qui s’efface peu à peu… Un livre dont l’édition n’est plus renouvelé en France est présenté imbibé d’encre, un autre voit la photographie de son auteur se désagréger, jusqu’à disparaître… Par cette présentation, on prend alors conscience du patrimoine qui nous est légué à travers les livres, de leur importance, et de leur fragilité.

Thu Van Tran à Bétonsalon, vue d'exposition (3)

Derrière les murs, l’envers du décor : on découvre une végétation pauvre, détruite. Cette partie de l’installation est dotée d’une double résonance. Tout d’abord paysage ruiné par sa pauvreté et par la peinture, il a été doublement dévasté par les récents événements que Bétonsalon a connu (une manifestation anti-art qui a tenté d’empêcher le centre de monter l’exposition). L’artiste a choisi de laisser les arbustes tels quels, renversés par les militants, un symbole fort qui dépasse toutes les fictions et les installations et rend réelle cette haine de la connaissance, de la culture, et la volonté de censure.

Une exposition forte, un contexte politique particulier… Voilà au moins deux bonnes raisons pour découvrir ou redécouvrir le roman de Ray Bradburry à travers l’interprétation de Thu Van Tran.

 

Fahrenheit 451, jusqu’au 28 mars.
Bétonsalon, 9 esplanade Pierre Vidal-Naquet
Rez de chaussée de la Halle aux Farines, Paris 13ème
Ouvert du mardi au samedi de 12h à 19h.
Entrée Gratuite. Rens. 01 45 84 17 56
http://www.betonsalon.net

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