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Valadon-Utrillo : L’amour de l’art en héritage
La Pinacothèque réhabilite un couple atypique du début du XXe siècle. Pour la première fois à Paris, une exposition unique réunit Suzanne Valadon et son fils Maurice Utrillo. À l’époque, ils n’avaient pas convaincu l’avant-garde. Aujourd’hui, ils sortent de l’ombre.
Il était temps de redonner leur juste place à Valadon et Utrillo. Pas seulement parce qu’ils symbolisent le tournant du siècle à Montmartre, le passage de l’impressionnisme à l’École de Paris. C’est surtout la première fois dans l’histoire de l’art qu’une femme artiste donne naissance à un grand peintre. Autre singularité, l’œuvre de la mère survit à celle du fils.
Le commissaire de l’exposition Jean Fabris a donc choisi de les réunir. Il présente au public un fondu enchaîné de 150 toiles de Valadon et Utrillo. Une confrontation émouvante et éclairante.
Dialogue entre une mère transgressive et un fils précurseur
Le parcours, chronologique, s’intéresse d’abord à Valadon. Longtemps considérée comme une prostituée par la vindicte populaire, elle symbolise aujourd’hui l’émancipation féminine et sociale. Née sans père et pauvre, elle a réussi à passer du statut de modèle (de Renoir ou Lautrec) à celui d’artiste, dans un monde d’hommes.
Les sections suivantes mettent en regard les peintures des deux artistes : de l’éclosion de la mère et du fils à Montmagny (entre 1906 et 1910) à la décadence d’Utrillo après 1917. Ce dialogue passionnant souligne la singularité d’un lien qui colore deux œuvres.
À ses débuts, Suzanne s’inspire des thématiques et du schéma formel de Degas. Elle se cantonne à des sujets picturaux féminins, comme la couture. De son côté, Maurice peint les vergers de Montmagny dans un art proche des impressionnistes. La rencontre de Suzanne avec le peintre André Utter, le meilleur ami de son fils, bouleverse leur vie. Suzanne quitte le dessin pour la peinture. Elle déforme ses sujets par des perspectives plongeantes à la Japonaise. Tel un « fauve », elle pose des aplats de couleurs pures cernées d’un trait noir. Choqué, Maurice part s’installer en ville et abandonne la tradition du chevalet. Il s’invente un style unique, un « art naïf ». L’initiateur de l’École de Paris débute alors sa fameuse « période blanche ». Il sillonne la butte et les quartiers des boulevards Rochechouart et Clichy et crée le « paysage montmartrois » : un village sans visages, composé de rangées d’immeubles gris, de façades aveugles, de ciels neigeux et de lignes d’horizon pesantes.
Les visions torturées du fils contrastent avec les sujets virils et sensuels de la mère. Lui travaille dedans et privilégie la couleur du plâtre ; elle peint dehors et utilise l’éventail chromatique. L’homme maudit représente des fantômes et atteint son apogée artistique ; la femme croque la vie et épanouit son art…Voilà un contraste intéressant.
Étrange chassé-croisé donc, entre Valadon et Utrillo. Et de plus en plus pathétique. Après 1917, Utrillo sombre dans la folie et devient un artiste répétitif et médiocre. À l’inverse, l’œuvre de sa mère devient pléthorique et sereine. Valadon fait poser des femmes, des chats, des fleurs et des objets : ses peintures instaurent un dialogue foisonnant entre l’artiste qu’elle est devenue et le modèle qu’elle fut jadis.
Par pudeur, la dernière section n’expose que les œuvres de la mère - puissantes et créatives.
Pari réussi pour Jean Fabris qui milite depuis 50 ans pour faire reconnaître Valadon et Utrillo. Un couple décrié parce que pauvre. Le plus pertinent est d’avoir juxtaposé l’art de la mère et celui du fils. D’avoir révélé des accords, des enchevêtrements et d’irréductibles oppositions. C’est dans le choc que réside l’émotion.
Valadon Utrillo, du 6 mars au 15 septembre
Pinacothèque de Paris - 28 place de la Madeleine - 75008 Paris
Le site : www.pinacotheque.com



