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Interview de Gilles Clément
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Le Jardin Planétaire, 10 ans après
Dès samedi 08 novembre, les jeunes diplômés de l’École Nationale Supérieure de Paysage de Versailles présenteront leurs projets de fin d’études à La Villette. A cette occasion, Gilles Clément, paysagiste et enseignant, revient sur le "Jardin Planétaire", exposition-promenade qui avait eu lieu à la Grande Halle, et dont le concept consacre le jardinier depuis près d’une décennie.
FEMMES : Quels étaient les fondements du Jardin Planétaire ?
Gilles Clément : L’essentiel du Jardin Planétaire venait de la définition même du mot jardin, de l’allemand garten, "enclos" : un lieu où l’on protège le meilleur, le plus important. C’était aussi un constat. C’était il y a plus de dix ans et l’on était déjà dans une situation planétaire à laquelle je voulais proposer une solution. J’ai commencé par écrire Thomas et le voyageur, un ouvrage dont le thème est une fiction, pour en fixer les bases. Il s’agissait d’une prise de position, une manière d’infléchir les aménagements du futur et de leur donner une tonalité philosophique, éthique, économique, écologique, politique. Il se trouve qu’après la parution du livre, on m’a commandé un synopsis pour une exposition : "Le Jardin Planétaire", que j’ai sous-titrée "projet politique d’écologie humaniste".
FEMMES : L’exposition s’adressait-elle implicitement aux politiques ?
Gilles Clément : Dans toute l’exposition, il était sous-entendu que l’on avait acquis ici et là des gestes écologiques. J’ai tenté de faire comprendre aux politiques qu’ils pouvaient s’en servir. Le Jardin Planétaire évoquait bien des méthodes : de l’agriculture sur d’immenses surfaces à la récupération des déchets d’industries en recyclage direct ou différé… Tous les exemples présentés étaient bons à prendre. En particulier dans la deuxième partie, qui montrait des applications fonctionnant déjà sur la planète : des solutions de gestion parfois mineures, parfois immenses, issues des pays riches ou des pays pauvres, mais toujours liées à des localités, des populations, des pensées, des cultures. Comme l’éradication d’une maladie qui sommeille en Afrique, qui atteint les hommes et les troupeaux, en empruntant à la technologie la plus pointue mêlée à quelque chose de plus simple, de plus archaïque : dans le cas présent, un satellite et un tissu bleu ou vert, qui se substituent aux précédentes avionnettes bourrées de pesticides qui tuaient tous les insectes et détruisaient tout l’écosystème.
FEMMES : Pourriez-vous nous rappeler les autres parties de la scénographie ?
Gilles Clément : On entrait dans l’exposition par la diversité en général : animale, naturelle et culturelle. Et de l’autre côté, parce qu’il y avait une sorte d’effet miroir, je disais la manière dont on voit le monde. Les cosmogonies, au nombre de sept, avaient beaucoup d’importance, afin d’avoir différentes façons d’imaginer la création du monde et de l’immédiate conséquence de la manière ont on s’en occupe. Il était important de parler de la biodiversité culturelle dans un ordre planétaire. C’était même fondamental. Dans la dernière partie de l’exposition, il y avait des semis directs où l’on pouvait voir pousser divers végétaux. C’était une scénographie de jardin.
FEMMES : Comment analysez-vous le succès du Jardin Planétaire, bientôt dix ans après ?
Gilles Clément : Si cette exposition a eu lieu, si elle a eu un tel retentissement, c’est parce que c’était la première fois que l’on montrait quelque chose qui, finalement, ne parlait que d’écologie, mais sans jamais en dire le mot. Donc, toutes les tensions et les batailles qui se font en son nom en étaient absentes. C’était aussi la première fois qu’on en parlait sans dire : "il est interdit de…" La seule ambition de cette exposition, c’était de dire que nous dépendons totalement de la biodiversité que nous exploitons, et que l’homme se condamne en la mettant en péril. Dix ans plus tard, nous avons toujours le devoir d’interpréter, de gérer intelligemment la finitude planétaire et l’énergie comptée pour réajuster cette biodiversité. D’éviter sa destruction.



