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Les enfants modèles

21.12.2009

de Claude Renoir à Pierre Arditi

L’histoire de l’art ne s’intéresse que rarement à l’entourage de l’artiste, ses proches, sa famille, ceux qui l’ont soutenu, encouragé ou tout simplement aimé. Ce n’est pas par manque d’intérêt ou simple pudeur, mais plutôt par peur de troubler une discipline qui se veut « scientifique » et donc sans affect.

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Portrait du fils de l'artiste par Paul Cézanne

Il faudrait ne traiter que le grand sujet, l’esthétique et son commentaire, alors que la « petite histoire » mène à la grande. Posant volontairement ou à contrecoeur, « croqués » souvent à leur insu par un ogre plutôt amical, ce sont ces « enfants modèles » qui nous intéressent aujourd’hui. Ils sont des fils ou des filles de Claude Monet, Maurice Denis, Pablo Picasso, Françoise Gilot, Georges Sabbagh, Chana Orloff, des nièces ou des neveux d’André Derain et de Pierre Bonnard, voire les « enfants par procuration » d’Édouard Vuillard, ceux de ses commanditaires pour lesquels il eut une réelle affection.

Les enfants modèles ont laissé des témoignages écrits, d’autres en ont parlé, certains en parlent encore. Ces enfants de la Belle Époque – bien habillés pour l’occasion et parfaitement « modélisés » –, ces petits nabis, fauves ou cubistes – transformés en chefs-d’oeuvre pour musées – et ces rejetons de la fin du XXe siècle – en jean et baskets mais pas forcément plus libres de leurs mouvements – nous content à leur manière des séances de pose qui furent de bons ou de moins bons souvenirs.

Aux plus jeunes, le catalogue et l’exposition donnent la parole. Ces « bons petits diables », avec leurs mots, nous révèlent que l’attrait pour le jeu, les copains de la rue, les rêveries solitaires dont on a si besoin à leur âge, l’emportaient le plus souvent sur cette marque de tendresse voulue par l’artiste. C’est ainsi que, « coincé » tout de même pour « faire plaisir », Jean-Marie Le Breton ne rêvait que de courir les champs, Jean-Paul Belmondo de remonter le couloir de l’appartement familial en patin à roulettes avec son frère Alain, et Pierre Arditi de pouvoir enfin descendre de sa chaise rouge où son père l’avait vissé.

Si certains artistes, comme Claude Monet, n’utilisèrent que peu leur entourage immédiat, d’autres s’en firent presque une spécialité, tels Eugène Carrière, Pierre-Auguste Renoir, Mary Cassatt, Maurice Denis, Georges Sabbagh ou Pablo Picasso. Il s’agit de « petites tribus » où les enfants, souvent nombreux, sont largement mis à contribution très tendrement mais aussi comme de simples sujets d’études. Maurice Denis, le « nabi aux belles icônes », mettra très souvent sa famille sur la sellette, n’omettant aucun de ses membres, pour ses tableaux, qu’ils soient profanes ou religieux.

Portrait de Raymond Dubufe par son pére

Chez Picasso, père multiple, dans le couple qu’il forma avec Françoise Gilot, Claude et Paloma, leurs enfants communs, furent « croqués » par l’un comme par l’autre. Pour les artistes qui n’ont pas d’enfants, on s’invente un entourage tels André Derain, Pierre Bonnard ou Édouard Vuillard.

La sainte Suzanne par Lucien Jonas

Peindre un enfant n’est pas de tout repos. Certains artistes en ont parlé dans leurs souvenirs, toutes sortes de stratagèmes ont été utilisés pour les faire tenir tranquilles. Ces « bons petits diables » ont alors posé seuls en arborant les attributs que leurs parents artistes
avaient délibérément choisis pour eux – habits de Pierrot ou de clowns, cheval de bois, maillet pour le croquet, cerceau, poupée de chiffons, voilier de bassin – ou bien, plus librement, affairés à l’une de leurs occupations favorites. Ces jouets ou costumes – parfois reliques véritables – animent le parcours de l’exposition qui regroupe une centaine de tableaux.

Anedocte sur un des tableaux

Yashar-Azar de Davoud Emdalian

Portrait de mon fils

(1986, huile sur toile )

Davood Emdadian fut un grand artiste qui disparut prématurément à soixante ans. Habitué au thème de ses Grands Arbres qui furent commentés par le poète Jean Tardieu, il a laissé peu de portraits. Dans son atelier-logement qu’il possédait boulevard Jean-Jaurès à Paris, il a fait poser son fils Yachar, âgé de cinq ans. L’enfant est vu de profil, debout au centre d’un tapis persan, et l’on voit au fond l’un des murs du salon tapissé des oeuvres de l’artiste. Un point de fuite, référence aux tableaux intimistes hollandais, nous conduit notre regard vers la cuisine. L’enfant modèle regarde vers la grande baie de l’atelier dont l’ombre portée, rectiligne, mais égayée par la frondaison du petit balcon, est visible au sol. Davood, ancien élève de l’École des beauxarts de Téhéran, est fidèle à la tradition et aime, tout en restant totalement libre de ses choix, se confronter à l’histoire de l’art. Yachar nous a confié que son père n’avait pu se résoudre à peindre le petit cheval en plastique de la marque Playmobil qu’il possédait en réalité. Il s’est donc transformé, pour l’occasion, en un jouet
correspondant aux canons de la peinture d’une oeuvre de la Belle Époque.

Les enfants modèles de Claude Renoir à Pierre Arditi - Musée national de l’Orangerie - Jusqu'au 8 mars

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