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Pierre Soulages, le noir mis en lumière

19.10.2009

Noir n’est pas noir

Le Centre Pompidou expose plus d’une centaine d’œuvres de cette grande figure de l’abstraction française, parmi lesquels des polyptiques récents et inédits.

Sophie Janvier

Il a fait surgir « la lumière secrète » du noir, « d’autant plus intense dans ses effets qu’elle émane de la plus grande absence de lumière » selon les termes mêmes de l’artiste. Soulages a changé notre regard sur le noir…presque par hasard. L’histoire est connue : en 1979, un jour où il peine à faire vivre sa « pâte » noire, il laisse sa toile en plan. Quand il la retrouve au petit matin, c’est la révélation : « sur les zones striées, la lumière vibrait et sur les zones plates, tout était calme ».

Exemples de tableaux de Pierre Soulage exposé au Centre Georges Pompidou

C’est la lumière qui fait vivre la surface noire, ce sont ses réflections sur la matière qui lui donnent sa profondeur et ses nuances. Cette découverte « fondatrice », sa radicalité, l’exposition proposée au Centre Pompidou la rend palpable. Après avoir traversé 4 salles qui montrent le cheminement, et déjà les audaces de l’artiste –il utilise, le premier, le brou de noix, en 1948, pour donner matière à ses traits primitifs et s’essaie au goudron sur verre- le spectateur est plongé directement dans le meilleur de « l’outrenoir ». Salle 5, salle choc : dans un astucieux clair-obscur, il découvre trois œuvres majeures du peintre, réalisée au début des années 1990. Oubliée la chronologie, l’exposition fait un bond brutal de 1979 à 1990 : des tâtonnements à l’accomplissement. Toute la lumière se fait sur le noir…

Exemple de tableau de Pierre Soulage exposé au Centre Georges Pompidou

Dès lors, le Centre Pompidou n’aura de cesse de faire de la lumière l’actrice principale de cette rétrospective et de l’œuvre de Pierre Soulages. Dans les salles qui suivent, c’est sur fond noir que les peintures sont accrochées, parfois suspendues, entre sol et plafond, par des câbles d’acier. Mais c’est un mur blanc et vide qui leur fait face et leur renvoie une lumière forte. Selon la position de la toile et du spectateur, selon les variations lumineuses, le noir ne raconte pas la même histoire, passant du gris argent au brun cuivré, du mat au brillant. C’est particulièrement frappant sur les grands polyptiques récents –certains jamais montrés-, disposés dans l’espace tels des claustras. Le noir est ici tout sauf monotone et monochrome : il rythme l’espace et s’éclaire de milles façons. Un noir abyssal et architectural.

Exemple de tableau de Pierre Soulage exposé au Centre Georges Pompidou (2)

Soulages - Centre Georges Pompidou, jusqu'au 8 mars 2010

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