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"Polynésie, arts et divinités"

01.07.2008

"Polynésie, arts et divinités"

Avec "Polynésie, arts et divinités", le musée du quai Branly propose une vision inédite de l’art polynésien. Une merveille, littéralement.

Lorène de Bonnay

Idoles en plumes ou bois sculpté, ornements d’ivoire et autres éventails magistraux en fibre végétale sont rassemblés à l’occasion d’une exposition exceptionnelle au musée du quai Branly. Soit 250 pièces rares issues des collections des grands musées anglais et français, réunies entre 1760 et 1860, dans neuf* régions polynésiennes, aujourd'hui mises en lumière. Une première en France. L’objectif ? Mettre en exergue le raffinement créatif de cette culture. Une telle sélection d’objets d’art permet aussi de retracer leur parcours entre l’Océanie et l’Europe, de collection en collection.
*les îles Hawaïennes, la Nouvelle-Zélande, l’île de Pâques, les îles Marquises, Mangareva, les îles Tuamotu, les îles de la Société, les îles Australes (Polynésie française), les îles Cook et la Polynésie Occidentale (incluant les Fidji, les Tonga, les Samoa, les îles voisines).

À la rencontre de la Polynésie
Il y a 3000 ans, des populations originaires de l’Asie du Sud-Est accostent au Vanuatu, avant d’entreprendre un voyage de mille kilomètres jusqu’aux Fidji. Leurs successeurs polynésiens s’aventurent plus loin encore, à la recherche de nouvelles terres fertiles. La Nouvelle-Zélande est ainsi la dernière terre atteinte par l’homme.
Au XVIe siècle, des voyageurs européens (Hollandais, Espagnols, Britanniques) explorent les marges du Pacifique. Mais ce n’est qu’au XVIIIe siècle que la Polynésie fait vraiment irruption dans la conscience européenne. À partir de 1760, une ère de voyages sans précédent s’ouvre : explorateurs, scientifiques, artistes, marchands, baleiniers, évangélisateurs, planteurs, colons découvrent les "îles nombreuses" (du grec poly et nesos).
Un siècle plus tard, on ne peut pas dire qu’il existe une "culture" polynésienne. Mais les habitants des différentes îles entretiennent des relations linguistiques et culturelles très étroites.

Tambour, pectoral et effigie en plumes (Iles Hawai et Iles de la Société)

Des dieux, entre terre et mer…
Les Polynésiens croient qu’à l’origine, d’anciennes populations autochtones non dirigeantes vivaient sur la terre, et que des "chefs" d’origine étrangère arrivèrent par la mer. Leur identité est donc indissociable des forêts et des lagons, de la terre et des mers.
La chefferie joue un rôle fondamental dans l’organisation religieuse, politique, sociale et économique des polynésiens. Les chefs, héréditaires, dirigent des clans. Ils servent aussi d’intermédiaires avec le divin : leurs parures transforment leurs corps en reliquaire et les apparentent à des idoles vivantes. Ils incarnent ainsi le mana (puissance d’origine divine, créatrice et destructrice, à l’œuvre dans la fertilité, la santé, la réussite).
À travers eux, on comprend que la religion est omniprésente (commandements, conflits, répartition des biens et services, relations).
Les objets sont fabriqués pour être donnés, vendus, échangés : ils représentent les artisans qui en sont à l’origine, symbolisent le prestige social ou sont gardés en souvenirs par les Européens… Ces curiosités naturelles ou artificielles obéissent à une esthétique du divin et ont une dimension sacrée. Un plat "aux deux personnages", un tambour ou un costume de "deuilleur", sont utilisés en conjonction avec des prières, des chants, des paroles. Les effigies servent à contenir et contrôler la puissance divine.

L’art (polynésien) ne représente pas, il est
Aujourd’hui, ces objets collectés dans différents musées continuent d’interagir. De produire des effets. Telle est l’ambition de l’art "pris dans un sens interculturel" (Alfred Gell) : "L’art n’est pas une affaire d’esthétique ou de sens. Il n’est pas beau, il ne représente pas. Il matérialise ce à quoi il renvoie."

"Polynésie, arts et divinités" : jusqu'au 14 septembre 2008, dans la galerie suspendue Est du musée du quai Branly (27, 37 et 51, quai Branly, et 218 et 206, rue de l'Université 75007 Paris) - Renseignements au 01 56 61 70 00 et sur www.quaibranly.fr

Lire l'interview de l'artiste néo-zélandais George Tamihana Nuku

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