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Une Indienne à Paris
Rencontre avec l'auteure Abha Dawesar lors de la sortie de "Dernier été à Paris", son deuxième roman à paraître en France.
Découverte en 2007 avec Babyji, un premier roman érotique et ingénu qui narrait la découverte du plaisir d’une Lolita indienne auprès de trois femmes, le tout sur fond de soubresauts politiques dans les universités, Abha Dawesar revient avec un roman où elle déclare sa flamme à la capitale française. Cette fois, le personnage principal n’est plus une jeune fille mais un vieil homme, prix Nobel de littérature, dont l’ultime relation amoureuse va avoir l’effet d’un élixir de jouvence. Face à lui, Maya, une New-Yorkaise de 25 ans, qui a gagné une bourse pour passer deux mois à Paris, se lance à la recherche d’internautes qui aimeraient partager sa passion pour ce même Nobel. Lorsque Maya reçoit une réponse de Prem Rustum en personne, la réalité dépasse tout à coup la fiction. Un fantasme caressé par la romancière ? "J’ai imaginé cette relation pour répondre à une nécessité intérieure. J’avais sûrement besoin d’un mentor à ce moment-là, et cela m’a nourrie. Désormais, j’ai d’autres envies." Pétillante, fine et curieuse infatigable, cette diplômée d’Harvard, qui a commencé dans la finance, s’est mise à la vidéo, prépare une exposition de ses toiles rue de Seine et tient un blog : "Quand vous chattez, votre conscience du monde s’en trouve changée. La culture du Net ne conçoit aucune limite".
Abha est une comète : elle ne s’attarde pas. Quand elle tient un sujet, elle le dissèque, en extrait la substantifique moelle puis zappe. À travers ses personnages, c’est elle qui s’interroge, retourne le problème dans tous les sens, et s’achemine vers une forme de sagesse qui mélange spiritualité et matérialité. C’est au cours d’une escale de quelques jours en France, entre Delhi et New York, ses deux ports d’attache, que l’évidence s’est imposée : "Je devais revenir ici : Paris serait le lieu de mon prochain roman ! Dans mon parcours, cette ville constitue une charnière, avant, j’écrivais, mais je n’étais pas un 'écrivain'". Pourquoi cette adoration pour les rues de l’ancienne Lutèce ? "Aux yeux des Indiens, la France reste le pays culturel de référence. Je suis folle de vos musées, Zadkine, Orsay, Rodin, la Vie romantique, la fondation Dina Vierny." Ce qui aurait pu être un poncif littéraire, une éducation sentimentale mêlant sexualité et beaux-arts, se révèle sous la plume de cette fan de Philippe Roth et de John Maxwell Coetzee, d’une incroyable fraîcheur, nourrie par ses réflexions sur l’inspiration, le bouillonnement intellectuel lié à la création, et la nécessité, vitale pour les écrivains, de se confronter au réel. Jusqu’où l’art influence-t-il les sentiments amoureux et inversement ? Au-delà de leurs différences, la jeune femme et le vieil homme, la débutante et le cacique des Lettres, apprendront à partager leur vision du monde, et inventeront une nouvelle manière de s’aimer, les obligeant à fouiller au plus profond de leurs désirs.
"Dernier été à Paris" d’Abha Dawesar (Editions Héloïse d’Ormesson) - 22 €



