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Les illusions perdues

16.11.2009

"Panier de crabes" de Véronique Levasseur

En 2006, le docteur Véronique Vasseur part à l’assaut de la dixième circonscription de Paris sous la bannière de l’UMP. Un an et deux campagnes après, elle jette l’éponge, “meurtrie et écœurée”. Rencontre.

Nathalie Six

Lorsque les pêcheurs ramassent des crabes, ils les déposent dans des casiers, où toutes pinces dehors, ceux-ci donnent l’impression qu’ils vont s’entre-dévorer. Après une campagne législative et une municipale, celle qui s’est fait connaître comme médecin-chef de la prison de la Santé (de 1993 à 2000) a eu la sensation d’être une anémone de mer tombée au milieu d’un panier de tourteaux. Deux ans après, elle fait le point sur cette erreur d’aiguillage : “Ce monde n’était pas pour moi.

Une campagne, il faut aimer ça.” C’est quoi au juste, “ça” ? Débourser 30 000 euros de sa poche (remboursés à tout candidat dépassant la barre des 5 %), trouver un local, être dégommée par ses propres militants, faire les marchés, les sorties de métro – “même si la majorité des voyageurs ne votent pas là” – les réunions en appartement, les cafés politiques et le porte-à-porte, “le plus dégradant et le plus humiliant, c’est de la prostitution”. Fini les week-ends et les soirées en famille. Avec le recul, le docteur Vasseur avoue avoir cédé aux sirènes enjôleuses : “Oui, certainement, j’ai dû me sentir flattée que l’on vienne me chercher.” Officiellement, Jacques Toubon se désiste pour elle, mais c’est pour s’éviter une défaite monumentale et respecter la sacro-sainte parité.

Sur la photo de groupe, elle est l’alibi estampillé “pasionaria des détenus” et “grande gueule socialisante” au sein d’un parti de droite qui testait alors sa ­politique d’ouverture en vue des élections présidentielles de 2007. Ayant jusqu’ici voté à gauche et à droite selon les enjeux et les personnes, elle est séduite par Nicolas Sarkozy, “son courage, sa détermination, son humour provocateur” ; alors que Ségolène Royal, “lou ravi du Poitou”, “irrationnelle et inconsistante”, l’insupporte. Un temps, elle s’imagine siéger à l’Assemblée nationale pour débattre des questions qui l’intéressent vraiment : la surpopulation carcérale et les travailleurs pauvres. “Vous allez être diluée. Vous serez plus utile à l’extérieur”, lui conseille Michel Denisot après un passage au Grand Journal de Canal+.

Le soir du second tour des municipales, “lasse de ce jeu de dupes où tricher et mentir sont les seules règles”, elle tire sa révérence en refusant de siéger au conseil de Paris. Résultat : six kilos en moins, des nuits sans sommeil et un livre pour “mettre en garde les bonnes âmes qui voudraient s’engager”. Attention, la politique dévore ses ouailles. Aujourd’hui, elle savoure son poste de simple praticien hospitalier à Saint-Antoine et a repris la peinture, elle qui “rêvait de faire les Arts déco.” À l’image de ses ciels de Bretagne limpides, après une période de “peaux écorchées”, Véronique Vasseur se sent plus sereine. Mais les blessures sont encore vives.

Couverture du livre Panier de crabes de Véronique Vasseur

Le panier de crabes - Véronique Vasseur (Flammarion)

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