- AAA Taille de texte
- Envoyer à un(e) ami(e)
- Imprimer cette page
- Ajouter un commentaire
"Lacrimosa" de Régis Jauffret
Digne et brillant.
Au sein du requiem, le lacrimosa est ce temps où les vivants appellent la clémence divine. Ni croyant, ni musicien, Régis Jauffret en compose un à sa manière, pétri de tourments contemporains et de métaphores inspirées. S’adressant à Charlotte, petite âme perchée sur son épaule qui s’est pendue un matin de printemps, il s’impose le vouvoiement comme première séparation. Observant son “pauvre amour” qui se débat pour l’arracher du néant, la belle lui répond de l’au-delà, sur une note furieuse entre lyrisme et trivialité. Ne sait-il rien faire d’autre que défier la vérité, cette “faute de goût” ? Broder sur le réel pour ne pas se “cogner la tête contre son métal froid” ? Sa voix – celle de l’auteur dédoublée – jette l’ambiguïté sur ce portrait, interrogeant la part de la mémoire et celle du fantasme. Et surgit en creux une autre image, celle de l’écrivain en proie au doute et au remords. Régis Jauffret ou comment parler de l’intime en s’en défendant de tout son talent.
Lacrimosa de Régis Jauffret
Editions Gallimard, 217p., 16,50 €



