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Littérature française, février 2008

25.06.2008

Littérature française, février 2008

De toutes les parutions dans la littérature française en février 2008, la rédaction de FEMMES a fait son choix et vous le présente.

Muriel du Brusle

Les Déferlantes de Claudie Gallay
S’il ne fallait emporter qu’un livre cet été, ce serait celui-là. Pour la beauté de la langue, la finesse de l’intrigue, la profondeur des personnages. Claudie Gallay, qui vit dans le Vaucluse, place son histoire sous le signe du Cotentin dans cette Normandie encore vierge où les gens sont taiseux et les croyances tenaces. Là, dans ce pays réglé par le ressac de la mer, deux êtres malmenés par la vie vont se croiser le long des falaises blanches, s’observer, se plaire peut-être. Après Seule Venise et Dans l’or du temps, ce roman à l’atmosphère prégnante confirme le très grand talent de conteuse d’un auteur qui monte inexorablement.
"Les Déferlantes" de Claudie Gallay (Editions du Rouergue, Collection La Brune) - 21,50 €

Extrait de Les Déferlantes de Claudie Gallay
"La première fois que j’ai vu Lambert, c’était le jour de la grande tempête. Le ciel était noir, très bas, ça cognait déjà fort au large. Il était arrivé un peu après moi et il s’était assis en terrasse, une table en plein vent. Avec le soleil en face, il grimaçait, on aurait dit qu’il pleurait. Je l’ai regardé, pas parce qu’il avait choisi la plus mauvaise table, ni pour cette grimace sur le visage. Je l’ai regardé parce qu’il fumait comme toi, les yeux dans le vague, en frottant son pouce sur ses lèvres. Des lèvres sèches, peut-être plus sèches que les tiennes. J’ai pensé qu’il était journaliste, une tempête d’équinoxe, ça pouvait faire quelques bonnes photos. Derrière la digue, le vent creusait les vagues, boutait les courants, ceux du Raz Blanchard, des fleuves noirs venus de très loin, des mers plus au nord ou des tréfonds de l’Atlantique. Morgane est sortie de l’auberge. Elle a vu Lambert.
- Vous n’êtes pas d’ici, elle a dit en lui demandant ce qu’il voulait. Elle avait le ton maussade des jours où elle devait servir des clients quand le temps était mauvais.
- Vous êtes là pour la tempête ?
Il a fait non avec la tête. 
- Alors, c’est pour Prévert ? Tout le monde vient là pour Prévert…
- Je cherche un lit pour la nuit, il a fini par dire."

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