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Femmes en souffrance
Qui d’entre nous n’a pas eu envie de tout quitter, de disparaître, pour un ailleurs illusoire ?
Stéphane Mallarmé écrivait « La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres. Fuir ! là-bas fuir ! » Dominique Dyens et Laure Buisson racontent la déchéance de deux quadra solitaires en fuite. En apparence, elles ont réussi leur vie, mais souffrent de carences affectives récurrentes. Pour elles, le sexe n’est qu’un pis-aller aussi sinistre qu’un film X.
L’anti-héroïne de Dominique Dyens, Anne Duval, directrice de publicité dans un grand groupe de presse, est obsédée par la recherche d’un mari. Fragile, instable, elle s’envoie en l’air dans son bureau, tard le soir, avec un coursier, ce qui, fatalement, contribue à dévaloriser l’image qu’elle a d’elle-même. Un peu mytho, elle va jusqu’à s’inventer un fiancé et une belle-fille. Un 3 décembre, tout bascule. Après une visite à sa mère, placée dans une maison de retraite, elle part au hasard des routes et s’enfonce dans la folie. Devenue la proie de délires obsessionnels compulsifs, elle échoue dans un hôpital psychiatrique de Clermont-Ferrand. Le drame tourne au thriller. A sa sortie, Anne est assignée en qualité de témoin dans une affaire criminelle. Dans ce roman construit comme un labyrinthe, on retiendra surtout le portait d’une carriériste autoritaire qui cache une petite fille qui ne veut pas mourir.
Laure Buisson, elle aussi, met l’accent sur la structure interne et remonte le temps jusqu’à l’événement source de la chute de sa reine des mousselines. Tout commence à Tokyo où Isabelle s’est réfugiée après une dispute avec son compagnon. La petite provinciale qui a connu les grands couturiers, les soirées VIP, se retrouve, titubante, dans un vison blanc défraîchi sur un marché poisseux où elle fait une gâterie à un inconnu. Laure Buisson déborde d’imagination et possède un univers à part, une écriture osée, libre et inventive. De fil en aiguille, elle dépeint une éternelle insatisfaite devenue une bêcheuse, à l’image de ces fashion victims à qui l’époque va mettre du plomb dans l’aile.
Autre roman sur des femmes écartelées, Le choix de Juliette. A travers le regard critique d’une étudiante un peu paumée, Juliette Jourdan y décrit avec un humour pince sans rire et un naturel inattendu, la communauté de transsexuelles de Tours, sans une once d’une vulgarité. Au cours d’un colloque haut en couleur, les débats s’enveniment autour de la question de la féminité. Est-elle innée ou acquise ? Là aussi, le désespoir de ces femmes blessées vous étreint le cœur.
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La reine des mousselines |
Délit de fuite |
Le choix de Juliette |



