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Les plaisirs de Sébastien (4/4)
L’héritier légitime d’un musicien de l’inclassable groupe français Magma n’est pas frustré. Au contraire : comparés aux génies libérés d’Erik Satie, Frank Zappa, Robert Wyatt (Soft Machine) ou encore Syd Barrett (Pink Floyd), l’esprit et le talent du fantasque Sébastien Tellier ne cessent de s’épanouir. Après avoir dénudé ses meilleures compositions dans sa compilation acoustique "Sessions", l’artiste exhibe ses nouvelles préférences électroniques pour "Sexuality", son troisième album studio. Rendez-vous avec Sébastien, transpercé par les flèches de l’Amour, pénétré par des flashs tour à tour didactiques, stylistiques et érotiques.
FEMMES : En ce moment, vous êtes dans la plupart des magazines. D’autres vous ont-ils quand même censuré, juste en vous ignorant ?
Sébastien Tellier : Non, je ne pense pas, parce que, précisément, les médias se régalent de sexualité. Plus le propos est sexuel, plus on en met. Je pense même que le fait que ce disque soit sexuel m’aide vraiment à le vendre, à répondre aux médias et à leurs interviews. Il y a toujours un petit "Sexuality" qui traîne, parce que j’ai parlé de mon album : le titre, le mot, est dans chaque paragraphe. Ni vu ni connu : on parle de culture, mais, en fait, on parle de sexe. Ce que je trouve affligeant, c’est la manière dont on en parle et qui est souvent très, très mauvaise. C’est donc l’occasion pour les médias d’avoir quelqu’un qui apporte une parole nullement pornographique, sale ou malsaine, mais au contraire sincère, avec des valeurs de douceur.
FEMMES : Vous entamez désormais une autre forme de promotion : en concert, comment mettez-vous en scène Sexuality ?
Sébastien Tellier : Avant, les concerts dépendaient de mon état du jour : si j’étais surexcité, je faisais un concert surexcité ; si j’étais malheureux, je faisais un concert très malheureux. Voilà. Avec Sexuality, j’ai compris quelque chose : la notion de plaisir. Ma vision du concert n’est plus la même, maintenant : ce n’est plus moi qui m’amuse sur scène mais les gens qui se font plaisir. Je dois être le meilleur serviteur possible. D’ailleurs, j’aimerais bien que le public m’oublie vraiment : que je ne sois plus vraiment là, que je m’efface totalement derrière un nuage de fumée, et que ma musique soit beaucoup plus présente… Et puis, admettons que les gens n’aiment pas mon physique : je pourrais casser leur fantasme sexuel ! Alors que je voudrais qu’à mon concert, les gens s’embrassent, se caressent, soient émoustillés… Pour le premier concert de la tournée, à Londres (le 21 février dernier, ndlr), les critiques ont été dithyrambiques. J’étais vraiment étonné, parce qu’on a eu bon nombre de problèmes techniques, et au lieu de pouvoir me cacher parfaitement derrière des lasers et des écrans de fumée, j’ai dû me remettre en avant comme je le faisais avant. Mais pour les prochains concerts, la technique sera solide et je pourrai vraiment transmettre au public ce que j’ai envie de lui donner.
FEMMES : Travaillez-vous déjà à nouveaux projets ?
Sébastien Tellier : Non, je n’ai pas vraiment de piste. En fait, c’est très dur de trouver un sujet qui soit plus pertinent que l’origine du monde. Pour l’instant, je ne sais pas... Aujourd’hui, dans ma vie comme dans mon art, je compte beaucoup sur la science pour m’apporter des choses : la nouveauté, la nouvelle matière, je la trouverai peut-être dans la science et les découvertes scientifiques qui auront lieu… Sinon, en ce moment, je passe tous mes temps libres, parfois même mes nuits, à composer des B.O. : après Steak (le deuxième long métrage de Quentin Dupieux / M. Oizo, ndlr) et leur série d’animation Moot-Moot sur Canal+, je travaille à nouveau avec Éric et Ramzy sur Seuls two, un film qu’ils ont réalisé et qui doit sortir en juin. Je fais aussi de la musique de film d’art contemporain pour un ami, Xavier Veilhan – j’ai d’ailleurs joué dans Furtivo*… Je fais de la pop, mais je pense que ça ne va pas à un Français de faire de la pop. Ni du pop-rock ni du reggae. Ce qui va à un Français, c’est de faire de la musique de film. Je ne sais pas pourquoi, mais je trouve que c’est un genre musical noble. Alors je fais de la musique de film pour avoir cette espèce de noblesse d’un grand compositeur. C’est une question de style. C’est une culture qu’on a volé à une autre culture. Avec la pop, ça passe mal : on ne s’épanouit pas dans la pop française, parce qu’il n’y a pas d’aventure artistique. C’est un milieu un peu stérile. Mais, bon… J’en fais. Mais la classe, je vais la chercher dans la musique de film.
* une exposition du même nom, liée à l'univers qui a précédé le film, est à voir du 15 au 26 mars à la Galerie Emmanuel Perrotin (entrée libre de 11h à 19h, du mardi au samedi, au10, impasse Saint-Claude 75003 Paris).
Sébastien Tellier représentera la France au Concours Eurovision de la Chanson le 24 mai 2008 à Belgrade (Serbie) : il y interprètera Divine (un titre de "Sexuality").
"Sexuality" de Sébastien Tellier (Record Makers) - En concert à Meylan (13/03), Marseille (14/03), Arles (15/03), Zurich (19/03), Genève (20/03), Le Havre (22/03), Nancy (28/03), Metz (29/03), Evreux (04/04), Morlaix (06/04), Milano (15/04), Montpellier (24/04), Strasbourg (26/04), Londres (28/04), Paris (30/04), Tourcoing (12/05), Bruxelles (13/05), Massy (16/05), Sannois (17/05)…



