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Preljocaj à Garnier
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L’éternel ballet amoureux
Depuis sa création en 94, « Le Parc » de Preljocaj a sillonné le monde, de Rome à Singapour. Ce classique du répertoire de l'Opéra de Paris revient à Garnier. Qui s’en lasserait ?
Voilà une pièce taillée sur mesure pour l’Opéra. Angelin Preljocaj ressuscite la « carte du Tendre » du XVIIe siècle avec une compagnie fondée par Louis XIV ! Des références au classicisme qui n’excluent en rien la modernité.
Le Parc revisite les codes littéraires amoureux d’un monde révolu pour mieux questionner les rituels d’aujourd’hui. Il repose sur un canevas classique mais son vocabulaire gestuel reste contemporain. Mozart se fond dans une création sonore moderne.
Fidèle aux trois unités du théâtre classique, la pièce raconte une histoire d’amour qui se déroule dans un jardin à la française et dure une journée. Mais cette belle unité est brisée par la présente de quatre cupidons jardiniers ultra contemporains, qui tirent toutes les ficelles…
Le pays Amour, d’hier à aujourd’hui…
Le parc de Preljocaj ressemble au pays imaginé au XVIIe siècle par Madeleine de Scudéry dans Clélie. Il s’appelle « Tendre ». Il est composé de trois voies nommées « Estime », « Inclination » et « Reconnaissance ». On y trouve aussi des villages (Jolis-vers, Billet-galant et Billet-doux), une mer de passions, un lac d’indifférence et un chemin d’orgueil ! Le chorégraphe s’inspire de cette géographie amoureuse et divise son parc en trois lieux : une salle de bal sous le ciel pâle du matin au milieu de bosquets stylisés, un coin secret entre des arbres en forme de cage à la tombée du jour, et un jardin édénique éclairé par les étoiles. Il peut ainsi explorer l’anatomie du cœur amoureux.
Preljocaj met en scène un groupe d’hommes et de femmes mais s’intéresse à une histoire en particulier (cette fois, il s’inspire d’un autre roman bourré d’intrigues, dont le fil rouge est l’amour parfait entre les héros Astrée et Céladon).
Le chorégraphe passe ainsi en revue tous les jeux d’amour de la littérature classique française : la séduction par le travestissement ludique (Marivaux), le libertinage (Laclos), la sublimation platonique (La princesse de Clèves). Son ballet moderne, plein de lignes brisées, de petits sauts et d’acrobaties, s’inspire aussi des tableaux de Fragonard et de Watteau.
Ce parc est un vrai délice. Des bruits d'oiseaux, d'enfants, de pluie ou de roulements mécaniques, se mêlent aux notes de Mozart.
Les costumes d’Hervé Pierre, éblouissants, subliment la pamoison des dames. Les mouvements des danseurs, naturels, complexes, voire géométriques, miment les différents visages de l’amour. Des cupidons contemporains sont même là pour favoriser le désir et l’éclosion de l’amour.
Dans le dernier acte, les femmes se trouvent ainsi vaincues et l’héroïne sort de son sommeil pour rejoindre son amant. Grâce à ces marionnettistes (mi jardiniers, mi oiseaux, mi dieux, mi robots), le couple entame son ultime duo amoureux. Un pas de deux érotique, vertigineux, qui exalte l’amour comme jamais. Émilie Cozette, et Nicolas Le Riche, bercés par les notes exquises de Mozart, émeuvent jusqu’aux larmes.
C’est que la beauté se fait rare de nos jours.
Le Parc au Palais Garnier, du 6 au 19 mars.
NB : Blanche-neige, actuellement en tournée, fera une escale à Versailles, cet été, avant d’être repris à Chaillot l'an prochain.



