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Reprise du «Soulier de satin»
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Une pièce infinie !
Olivier Py remet son «Soulier» sur la scène de l’Odéon, six ans après sa création. Il marche ainsi dans les pas de Jean-Louis Barrault et Antoine Vitez, qui ont représenté ce monument claudélien en 43 et 87. Monter «Le soulier de satin» est une folie. Et un événement théâtral historique.
Onze heures de spectacle, c’est une vraie performance. Pour les comédiens, qui s’exténuent dans la langue claudélienne. Pour le public, qui tombe en déliquescence bien avant la fin.
Les spectateurs l’ont pourtant voulue, cette pièce : ceux, notamment, qui n’ont pas pu assister à la création du « Soulier » au théâtre de la Ville en 2003.
Olivier Py présente une « création continuée », entouré des mêmes comédiens qu’il y a six ans. Michel Fau, Jeanne Balibar, John Arnold ou Sissi Duparc, entre autres, sont époustouflants. La scénographie est magique. Le plateau accueille tour à tour une immense sphère dorée, des figurines de navires qui tombent du ciel, des façades d’églises qui tournoient, des scènes inclinées, un écran de papier qui va être peint en direct. Des machinistes font les « aménagements nécessaires sous les yeux du public », selon les vœux de Claudel. Une négresse grimée en bleu côtoie un Chinois, une Dame un Ange gardien, Saint Jacques les héros ; l’Ombre surnaturelle des deux amants précède le personnage de la Lune. En somme « la scène de ce drame est le monde » : la cour d’Espagne, les Amériques, l’Extrême-Orient, l’Afrique du XVIe siècle, le monde sans frontières d’aujourd’hui, le réel et le rêve.
Olivier Py reste fidèle à l’œuvre de Claudel, qui affirmait y avoir rassemblé l’essentiel de sa vie, de son art, de sa pensée. Cette « action espagnole en quatre journées » évoque le combat des armées du roi catholique d’Espagne contre toutes les hérésies. C’est aussi une histoire d’amour impossible entre Prouhèze et Don Rodrigue. La pièce convoque les théâtres élisabéthain et espagnol, la commedia dell’arte, le Nô. Elle mélange les genres (poésie, comédie, drame sentimental, burlesque). Les discours lyriques sont sans arrêt brisés par des intermèdes que l’on croirait ajoutés par Py - tant ils semblent artificiels et discordants. Or, ces scènes parodiques de pêcheurs, pédants ou conquistadors, existent chez Claudel (lequel voulait « éviter la monotonie »). Et elles ont le mérite d’amuser, voire de réveiller le public. Car, répétons-le, 9h30 de représentation, c’est long.
À vouloir tout brasser…
Tel est le nœud problématique de cette pièce : sa disproportion. Celle de Claudel, relayée par celle d’Olivier Py.
Le soulier de satin est incontestablement une œuvre puissante. Son héros prophétise par exemple la globalisation du monde contemporain. Rodrigue veut traverser la terre comme il aimerait posséder Prouhèze. La passion impossible qui unit les amants s’oppose à l’idéal divin, mais lui ressemble : dans les deux cas, l’infini se rencontre en l’Autre. Quel que soit le jugement que l’on porte sur le mysticisme qui imprègne et (dés)oriente cet amour, la réflexion est profonde : Prouhèze veut être avec Rodrigue « dans le principe » (dans la mort), non de façon terrestre et charnelle. Elle cessera d’être elle-même pour que lui « ait tout ».
Le soulier est donc un grand texte. Mais sans doute trop grand. Que de passages lents, de scènes secondaires et de personnages ! Que de moments élégiaques qu’il vaudrait mieux lire tranquillement que d’entendre proférés !
Olivier Py aurait pu couper, condenser. Se concentrer sur un axe de lecture pour extraire de l’œuvre une quintessence. Avec son talent et celui de sa troupe, quatre heures de représentation auraient suffi à ravir le public. Mais non. Le metteur en scène choisit de s’inscrire dans une histoire du théâtre. De prouver que ce type de représentation est encore possible, dans un monde de vitesse et de divertissement. Au risque d’en faire trop, d’assommer. On peut légitimement se demander « à quoi bon ? », mais face à une telle performance, des applaudissements s’imposent.
Le soulier de satin de Paul Claudel, mise ne scène d’Olivier Py
Du 7 au 29 mars au Théâtre de l’Odéon, Paris 6e.



