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"Seuls" de Wajdi Mouawad

12.11.2008

"Un petit miracle", selon Jane Birkin

Du 12 au 30 novembre, Wajdi Mouawad dévoilera "Seuls" au public parisien. Pour FEMMES.com, Jane Birkin, Laure Adler et Marie-Ève Perron révèlent avec passion l’art unique de l’auteur, metteur en scène et comédien libano-canadien. Aujourd’hui, quelques heures avant la première au Théâtre 71, notre égérie (qui signe les paroles de son nouvel album) livre ses sentiments et ses envies avec des mots tout en "admiration", pour que la rime soit raison.

Mickaël Pagano

"Introduction " par une Jane Birkin spectatrice
Ma première rencontre avec le théâtre de Wajdi Mouawad, c’était… il y a dix ans ? À Avignon, avec Michel Fournier. Nous avons été sidérés par Littoral : un jeune homme porte son père qui s’excuse de pourrir sur son dos – le tombeau de famille lui a été refusé au Canada et il n’y a pas de place pour lui au Liban. J’ai revu cette pièce l’année dernière avec les "finalistes" du Conservatoire (d’art dramatique de Québec, ndlr)… ça n’a pas pris une ride… même la fin, avec le père nu qui ne veut pas être jeté a la mer… avec les bottins de téléphone de son pays, il y consent enfin, comme si le fait d’être lié au passé avait rendu la mer moins effrayante… Le tragique était intact : les plaintes des enfants lui demandant chacun d’être leur père… un "rôle" qu’il accepte comme un pardon, un amour… il prend ces orphelins dans ses bras… déculpabilisé… donne sa bénédiction… une grâce…

"Interprétation " par une Jane Birkin comédienne
Avec lui, j’accepterai tout, parce que je l’aime. Parce que je sais aussi qu’il connaît mes limites. Wajdi est la seule personne avec qui je me laisserai faire : même une erreur de sa part serait plus intéressante qu’une "réussite" ordinaire ! Il est extraordinaire ! Et ce qu’il donne aux autres, encore une fois, c’est du jamais vu. Avec tant de candeur, tant de simplicité, il élève… il chamboule… Ce serait un privilège de faire partie de sa "vie" d’un soir de théâtre. Dieu sait pourtant que je ne veux plus faire ça. Mais me faire jouer sera compliqué... Chéreau a pris ce risque (il l’a mise en scène en 1985 dans La Fausse Suivante de Marivaux, ndlr) – et je l’en remercierai toute ma vie ! Mais Wajdi n’a pas besoin de mes peurs… ça bouffe l’existence… j’ai trop peur… c’est un vrai problème, sincèrement…

Jane Birkin à l'époque de l'album et la tournée 'Arabesque'

"Émotions" par une Jane Birkin intime
La grâce de Wajdi me touche. Pendant l’entracte de Forêts, j’ai téléphoné à mes filles (Kate Barry, Charlotte Gainsbourg et Lou Doillon, ndlr) pour leur dire de ne pas rater ça. L’émotion était débordante. La mère, le "cancer baladeur", le sacrifice, la disgrâce… un accouchement qui se fait avec une table des chaises… Quel visionnaire ! La bonté… l’amour pour des femmes… des époques qui se confondent, la place de "l’amie" qui se sacrifie… la rage de Loup… Puis des paroles : souillantes… enivrantes… d’une beauté… Drôles puis insupportables d’humanité… C’est important, pour moi, de faire connaître Wajdi et ses œuvres à mes filles, à mes amis… à ma mère morte (l’actrice et chanteuse Judy Campbell, muse du dramaturge Noel Coward, décédée en 2004, ndlr)… Je crois que ces deux pièces, Littoral et Forêts, m’ont rendue "meilleure". Tout comme l’ont fait aussi Mnemonic et A Disappearing Number de Simon McBurney et sa compagnie, le Théâtre de Complicité. Ce sont des expériences qui ont changé ma vie… bouleversé ma perception de la vie… et de la mort, d’ailleurs !

"Relations" par une Jane Birkin admirative
Dans Seuls, Wajdi Mouawad parle devant son père dans le coma, avant d’être à son tour "l’objet" : car c’est lui, inerte, qui reçoit… Un tel degré d’humain se livrant … nous donnant… son "tout" de lui-même… ses souvenirs, ses souffrances… son enfance… la paternité… la disgrâce et la sainteté… Des thèmes voire des théorèmes obsédants chez Wajdi, qui me touchent particulièrement. Il y a aussi le ravissement des images : des femmes accouchant, des hommes perdus… Comment ne pas être dans "son" monde ? Ne pas faire partie de sa vie ? Il sublime TOUT : avec lui, notre médiocrité devient biblique ! Seuls est un petit miracle. J’ai déjà vu la pièce. La nuit qui a précédé cette représentation, Wajdi a eu son bébé… la vie… la vraie vie… son visage ému radieux… cette aisance… un sujet si proche de ses thèmes… qui l’avait mis dans une euphorie ! Un épuisement, une admiration pour ses deux femmes qu’il racontait les yeux brillants… C’était bouleversant… Je n’oublierai jamais…

Demain, retrouvez les propos de Laure Adler sur FEMMES.com

Seuls : texte, mise en scène et jeu de Wajdi Mouawad
Du 12 au 30 novembre 2008 au Théâtre 71 (3, place du 11 novembre 92240 Malakoff)
Location au 01 55 48 91 00 et sur www.theatre71.com

Lire l'interview de Jane Birkin

Lire la critique du nouvel album de Jane Birkin, "Enfants d'hiver"

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