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La lingerie féminine
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Les dessous… de l’Histoire
Après la célébration, l’an dernier, d’un siècle de soutiens-gorge, la guêpière fête ses 50 ans et rappelle combien elle a été indispensable au New Look de Christian Dior. L’occasion pour FEMMES de revenir sur l’histoire de la lingerie. Sous toutes les coutures et sur toutes les formes, elle souligne les hauts et les bas des évidents objets du désir que sont les dessous féminins…
Porté sous les drapés crétois du IIe millénaire av. J.-C., un corset maintenant les seins à la base pour les dévoiler dans leur quasi-nudité aurait été l’inspiration d’un sculpteur pour modeler la Déesse aux serpents au buste épanoui. Un premier exemple peu suivi par les muses du siècle suivant, puisque les femmes s’attachent à l’apodesme, un bandage d’étoffe qu’elles enroulent sous leur poitrine afin de mieux la soutenir sans plus la montrer. Imitant l’obsession de l’harmonie des esthètes grecs, la Rome antique s’oppose à l’idée du sein tombant. Mais la chute de son Empire, et avec elle celles du mamillare (soutien-gorge de cuir mou chargé d’écraser la poitrine des matrones) et des fascia (emprisonnant les seins pour brider leur croissance) libère à nouveau les bustes.
Jusqu’au XIIe siècle seulement : les mœurs vestimentaires se taillent près du corps, et le corsage, telle une cuirasse, étrangle une gorge que le puritanisme moyenâgeux désire étouffer. Trois cents ans plus tard, le Clergé suffoque devant le contre-emploi de celui-ci par certaines femmes, qui le remontent à l’aide d’une ceinture sous la poitrine dans l’intention de révéler la naissance des seins aux yeux des courtisans. Mais Charles Quint, puis Henri II, arrêtent de nouveau leurs regards et leurs pensées sur la vertu. Captives de robes sombres fermées jusque sous le menton, les dames se voient contraintes de se rhabiller d’un corset. Un siècle plus tard, rien n’a changé : les ecclésiastiques (dont le cardinal Mazarin) publient édits et écrits hostiles aux décolletés. Les polémiques ne cesseront que sous la Régence, bannies par les discours libertins. En 1750, l’ordre des médecins déclenche une bataille anti-"pressoir à corps" (plus tard soutenue par Rousseau) : le corset, bien moins contraignant avec des baleines plus souples et nombreuses, nuit à la santé de leurs patientes…
Lorsque le terme de "dessous" se substitue enfin à celui de "linge de corps", la fin du XIXe siècle est proche. Celle du corset qui sangle et comprime des épaules aux cuisses une "femme sablier" également : il s’accommode mal des velléités libertaires de la garçonne des Années Folles, et perd le dessus avec les couturiers (Paul Poiret, Madeleine Vionnet). Le corps féminin, encore sous séquestre de longue chemise, cache-corset, pantalon et jupons, reste délicat à convoiter. Seuls les déshabillages découvrent la coquetterie en maître mot : les fantasmes mâles s’ornent et se nourrissent de pièces coquines décorées de dentelle, broderie, effets de tissage, pour alimenter leurs appétits grivois.
L’année 1914 conclut les derniers instants de la Belle Époque, et annonce l’évolution de la mode. Tandis que les hommes embrassent la carrière des armes, les travaux champêtres, commerçants et usiniers étreignent leurs compagnes, qui souhaitent déjà se simplifier l’existence. Les loisirs le leur permettront : puisque la femme monte à cheval et à vélo, joue au tennis, passe des vacances au bord de la mer, les robes raccourcissent, le pantalon se rapproche furtivement de la petite culotte, la gaine se substitue au corset, et le soutien-gorge prend forme(s).
L’après-guerre abrège les ultimes souffrances ; l’érotisme résume à présent la jouissance en vogue. Le symbole sexuel de la vamp au porte-jarretelles discret devient l’allégorie même des plus audacieuses, qui dans les années 1930, arborent une culotte courte et des bas couleur chair. La fonctionnalité laisse place au désir : comme le reste de la toilette féminine, la lingerie s’ôte et se remet rapidement… Mais celle-ci s’alarme quand les étoffes font défaut pendant la Seconde Guerre mondiale. Seules les pin-up d’outre-Atlantique pleines de qualités (cuisses fuselées, taille fine, seins-obus) caressent les rêves des fantassins prétendant tromper la nostalgie des soirées sans saveur dans les chambrées. Cette longue abstinence fait par conséquent exploser le goût des femmes pour la lingerie : le soutien-gorge s’invente pigeonnant ou à balconnet ; la guêpière voit le jour tandis que la mini-jupe fait le deuil du porte-jarretelles ; les collants (dépourvus de tout attrait sensuel) deviennent l’emblème d’une émancipation féminine – vite sous tutelle de l’après-mai 68, qui contrarie l’élégance en se souciant du confort.
Marquant le début de la décennie 1980 de ses imprimés et couleurs vives, la lingerie répond enfin de sa propre mode, prend ses marques et se parfait. Les femmes acquiescent à sa promotion et ses progrès : quand le slip se fait string et le soutien-gorge sans couture, l’ère de l’invisible dénude les dessous ; tandis que la lingerie cosmétique et autres effets up habillent et valorisent la peau et les formes, l’air de rien. Mais toujours les habits sont sens dessus dessous : les sous-vêtements se montrent, généreux. Tant et si bien qu’en fin de millénaire, le plus sexy des paradoxes se voit dans l’obsession d’éveiller les voluptés par la discrétion !
Aujourd’hui, la réapparition des robes moulantes et autres seconde peau, l’attrait pour la "perfection" d’un dos nu, décolleté plongeant ou fessier rebondi excitent la sophistication des techniques, les évolutions des matières comme de leurs propriétés, qui, réunies sous l’appellation morphing wear, s’efforcent d’effacer la moindre imperfection en re-sculptant la silhouette.
Les dessous féminins débutaient leur histoire avec une œuvre d’art plastique ? Désormais et à l’avenir, la lingerie fera de votre plastique une œuvre d’art.



