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Portrait d'Alber Elbaz
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Le chouchou de la mode
Une faconde teintée de bonhomie joviale, des jeux de mots à propos, mâtinés de pudeur, des collections poétiques au succès ravageur, Alber Elbaz veut rendre les femmes chics.
Comment ne pas aimer Alber Elbaz ? Impensable pour les équipes de la maison Lanvin, dont il dirige avec exigence les collections depuis 2001. Mais certaines images valent mieux qu’un long discours. Comme ce souvenir, un dimanche, deux minutes avant le défilé Lanvin. Alber Elbaz se tient dans la pénombre, calme et pensif, isolé entre deux rideaux noirs, sorte de no man’s land impromptu, séparant l’agitation des coulisses du brouhaha de la salle. Et puis il y a cet autre jour : le créateur a loué les services d’une fanfare. Les yeux rivés vers l’orchestre claironnant, il rit, comme un enfant. Récemment, son profil rebondi s’affairait dans la vitrine de Lanvin, au 22, Faubourg-Saint-Honoré. Mi-ange, mi-pitre, avec son nœud pap’, ses lunettes, et ses chaussures portées sans chaussettes, il tendait du tulle pour habiller l’espace de cette "beauté moderne" qui lui est chère.
"Je me rappelle son désarroi quand Pierre Bergé l’a appelé pour prendre la direction du prêt-à-porter Yves Saint Laurent, en 1998", relate Janie Samet, papesse indétrônable de la mode cinquante années durant. "Il hésitait. Sincèrement. Tandis que je l’engageais à dire oui, il avait peur d’accepter, et s’il refusait, il avait peur de le regretter." Tel est Alber Elbaz, tour à tour solitaire et consciencieux, affable, enthousiaste, inventif, sensible et anxieux.
Le personnage exprime ce sentiment d’abandon qu’ont les enfants ballottés par la vie. Né à Casablanca, il déménage bientôt avec sa famille pour Israël. Son père décède tandis qu’Alber affronte l’adolescence. Sa vocation de couturier, il doit la défendre : ses proches l’imaginent médecin… lui aussi, parfois. Nouvel exil : il part pour l’Amérique, fraîchement diplômé d’une école de mode de Tel-Aviv. Sept années d’apprentissage aux côtés de Geoffrey Beene, le styliste de la High Society, lui ouvrent les portes de Guy Laroche. Direction Paris. Il dirige ensuite les collections Saint Laurent, de 1997 à 1999, avant d’être débouté par Tom Ford, créateur à la mode. Traversée du désert, voyages… Il rejoint, en 2001, la maison Lanvin au titre de directeur artistique.
De ces péripéties, Alber Elbaz a gardé le goût des hôtels. "De quoi a-t-on besoin ? De 30 m2, d’un lit, d’une salle de bains…", dit-il dans un franglais fluently perfect. Certes, sa villégiature préférée reste le fastueux Crillon, "tout près des bureaux de Lanvin", lance-t-il comme une excuse. Et de placer son curseur sur la valeur travail. De 9 à 22 heures, tous les jours, et sans mondanités. "Je ne suis pas un vrai directeur artistique", avoue-t-il. "Je n’aime pas diriger, je veux faire. Et ça prend du temps." Dans l’atelier, il admire le fait main des couturières qui réalisent ses jeux d’opposition entre tissus du jour et du soir, ses accords entre zip et boutons précieux. "Il a cassé l’institution de l’élégance avec insolence", admire Janie Samet, chroniqueuse mode du Figaro. Surtout, le créateur taille l’allure à l’aune du confort, physique et psychologique, "pour rendre les femmes heureuses, pour les embellir jusqu’à ce que le vêtement disparaisse derrière leur personnalité." A cette fin, il rencontre les clientes, écoute leurs besoins. Résultat : il vit en remise en cause permanente. "Le vêtement s’efface-t-il bien derrière l’émotion ? Que peut-on améliorer ?" La peur comme un moteur… "Si l’on est persuadé d’avoir réalisé la collection parfaite, autant raccrocher."
Raccrocher ? "Dans cinq ou six ans peut-être… Avec l’âge, je crains de devenir pathétique." Pour l’heure, Alber Elbaz, 47 ans, aligne les best-sellers et chaque année, Lanvin accroît son chiffre d’affaires de 30%. Qui dit mieux ? Alber Elbaz, à chaque nouvelle collection.



