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Lambert Wilson se dévoile
Acteur, metteur en scène, le beau Lambert croit au surnaturel et court après la sagesse.
Yaguel Didier : Etes-vous superstitieux ?
Lambert Wilson : Je l’étais. Il y a des choses que je faisais, notamment avant d’entrer en scène. Depuis peu, je m’abandonne plus volontiers à ma destinée.
Y. D. : Vous considérez-vous comme chanceux ?
L. W. : Dans la vie, oui. Dans mon travail, ce n’est pas toujours facile. J’ai souvent le sentiment de devoir lutter.
Y. D. : Consultez-vous régulièrement votre horoscope ?
L. W. :Les horoscopes sont écrits de manière trop vague. En revanche, il m’est arrivé de consulter l’astrologue américaine Shelley von Strunckel et elle m’a épaté. Si je pouvais consulter régulièrement quelqu’un comme elle, je le ferais. Elle m’a éclairé sur un certain nombre de points importants de ma vie.
Préambule
Y. D. : Ce qu’évoque pour vous le mot “esprit”.
L. W. :La force invisible. C’est le secret du monde que j’invoque dans mes prières. Je ne suis pas prisonnier d’une religion, mais je sais qu’il y a “ça” dans tout, autour de moi. Je deviens peu à peu sensible à cette chose qui est partout.
Part spirituelle
Y. D. : Le mystère qui vous émeut le plus.
L. W. : Le moment où l’on quitte ce monde, le passage. J’ai accompagné une amie qui mourait. Pendant huit heures, à la demande de son entourage, j’ai chanté pour elle alors qu’elle était dans le coma. J’ai alors compris la dimension sacrée du chant.
Y. D. : Les influences auxquelles vous êtes sensible avant tout.
L. W. : Au gré de mes rencontres, je rassemble des informations. Mais je n’aime pas les religions. J’ai été baptisé très tard, uniquement parce que j’y ai été conduit par une personne d’une grande dimension spirituelle. Je suis fasciné par le fait que les gens qui ont côtoyé de près la mort sont changés et semblent avoir compris que seule la compassion compte vraiment.
Y. D. : Le défaut personnel que vous aimeriez corriger.
L. W. : Mon impatience, mon rapport au temps. Je ne suis pas du tout serein dans ma relation avec le temps. N’y voyez pas la peur de la vieillesse physique, j’aimerais simplement pouvoir débrancher. Je suis serein le matin, mais stressé l’après-midi. Et je n’aime pas tellement la nuit. En société, je suis capable d’abréger un bon moment parce que je ne me laisse pas aller.
Y. D. : La part la mieux cachée de vous-même.
L. W. : Les gens s’imaginent que je suis assez sage, et même policé… Je suis beaucoup plus marginal. Je comprends ces gens qui basculent et deviennent, par exemple, clochards.
Y. D. : Vos éventuelles dispositions surnaturelles.
L. W. : J’ai régulièrement des flashs que je comprends trop tard. Je tente de m’affiner pour reconnaître en moi cette petite voix.
Y. D. : Le don que vous aimeriez posséder.
L. W. : Parler toutes les langues. Je déteste me sentir dans la peau d’un touriste.L’attitude qui vous inquiète chez les autres. Le manque de conscience d’autrui. Ceux qui ne sont pas en harmonie avec l’univers sont négligents ou agressifs avec les autres. Cela provient, au fond, d’un manque de clairvoyance.
Y. D. : L’attitude qui vous inquiète le plus chez les autres.
L. W. : Le manque de conscience d’autrui. Ceux qui ne sont pas en harmonie avec l’univers sont négligents ou agressifs avec les autres. Cela provient, au fond, d’un manque de clairvoyance.
Y. D. : Votre attitude face aux signes extérieurs.
L. W. : L’abandon. Les trois moments où, dans mon existence, j’ai failli mourir, je me suis abandonné à la volonté de “ça”, pour reprendre cette terminologie. Je suis, en permanence, prêt à partir.
Y. D. : Votre intuition la plus mémorable.
L. W. : J’ai eu, la veille de la mort d’une amie, le pressentiment très fort qu’un drame allait arriver. En touchant le bras de la personne qui devait l’agresser la nuit suivante, j’ai eu un mouvement de recul.
Vécu et ressenti
Y. D. : La réalisation qui vous correspond le mieux.
L. W. : La création d’un jardin. Je m’exprime là mieux qu’au théâtre. Je me fais l’effet d’un moine, au Moyen Âge…
Y. D. : L’image que vous aimeriez laisser de vous-même.
L. W. : J’aurais l’orgueil de vouloir laisser l’image d’un sage. (Il rit.) Je n’y arriverai pas dans cette vie. Je suis trop attaché à certaines pulsions. Je voudrais pouvoir quitter ce monde en ayant lâché prise.
Y. D. : Le grand regret de votre vie.
L. W. : Il ne faut pas en avoir, c’est une perte d’énergie.
Y. D. : L’action dont vous êtes le plus fière.
L. W. : Je suis fier d’avoir rejoint Greenpeace pour dénoncer la déforestation.
Y. D. : Le moment que vous choisiriez de revivre.
L. W. : J’aimerais revivre mon premier amour…
Y. D. : La personne qui vous manque le plus.
L. W. : Ma grand-mère, qui représentait la notion d’amour absolu.
Y. D. : La coïncidence qui vous a le plus marquée.
L. W. : Il n’y a pas un jour sans une coïncidence qui me trouble. Sans être obsédé par les signes, je suis attentif.
Y. D. : Votre héros préféré.
L. W. : George Clooney, car il fait le même métier que moi, mais en sortant de la passivité. Metteur en scène et producteur, il reste connecté à la planète.
Y. D. : Le portrait de votre ange gardien.
L. W. : J’ai été si souvent dans des situations périlleuses et je m’en suis toujours si bien sorti que je finis par croire que l’“on” ne veut pas me voir disparaître trop vite. (Il rit.)
Aspirations intimes
Y. D. : La personnalité que vous souhaiteriez fréquenter.
L. W. : Des gens qui ont la sagesse, en compagnie desquels on se sent meilleur, comme Alain Resnais.
Y. D. : Un lieu qui évoque le bonheur.
L. W. : La Méditerranée, la mer. Un lieu préservé des nocivités humaines.
Y. D. : Un pays qui parle à votre cœur.
L. W. : La Grèce. Et l’Italie.
Y. D. : L’heure du jour qui vous inspire.
L. W. : Le matin, le matin, le matin ! J’aime me lever de plus en plus tôt.
Y. D. : L’époque à laquelle vous auriez aimé vivre.
L. W. : Au milieu du XVIIIe siècle, du temps de Louis XV et Voltaire. Mais aussi à la Renaissance, italienne de préférence. Et puis j’ai sans doute le fantasme d’une Grèce très, très archaïque.
Y. D. : Votre petit plaisir quotidien.
L. W. : Cuisiner pour mes amis.
Y. D. : Ce que vous attendez de vos amis.
L. W. : L’indulgence, qu’ils se montrent compréhensifs à l’égard de mes défauts.
Y. D. : Ce que vous voudriez épargner à ceux que vous aimez.
L. W. : Le mensonge. Je n’ai peut-être pas toujours été clair dans ma vie. J’ai souvent menti, et c’est une mauvaise vibration.
Y. D. : Quelle mort vous choisiriez pour vous-même.
L. W. : Une mort lucide. J’aimerais être maître de ce moment.
Post-scriptum
Y. D. : Votre phrase préférée.
L. W. : "Tomorrow is another day.”
Y. D. : Quelle question vous auriez aimé que je vous pose ?
L. W. : “Est-ce que vous avez la sensation d’être dans la bonne voie ?”
Y. D. : Quelle question vous aimeriez me poser ?
L. W. : “Est-il vrai que votre don de voyance ne s’applique pas à vous-même ?”
Portrait Minute
Il aurait fait, avec ce corps musclé, magnifique, taillé dans le marbre de Paros, un kouros idéal. Qu’il marche, qu’il nage, il épouse l’environnement, se trouve en adéquation avec la nature. Cette harmonie se nourrit
d’un respect qui, sous une surface lisse, traduit la plus grande richesse intérieure. Quête de vérité, chez lui, et de bonté.
Flash Voyance
Je le vois s’engager pour de belles causes. Se dépouillant des artifices imposés par le métier et le milieu, je le vois concilier de mieux en mieux son image glamour et une existence plus proche de l’essentiel qui l’habite.



