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Jacques Garcia démasqué
Un restaurant sur les Champs-Élysées, un hôtel à Bordeaux, la restauration du Danieli à Venise, de la Mamounia à Marrakech, le décorateur est partout ! Cette réussite, il la doit à son talent et peut-être à l’amitié attentive de notre célèbre voyante.
Yaguel Didier : Etes-vous superstitieux, possédez-vous un grigri ?
Jacques Garcia : C’est parce que je ne suis pas superstitieux que je possède des grigris. Je crois notamment beaucoup au pouvoir des pierres, et je possède, par exemple, une améthyste censée apporter le bonheur. Or, je suis fou de bonheur.
Y. D. : Vous considérez-vous comme chanceuse ?
J. G. : La chance est une chose que l’on conquiert. Vous connaissez bien mes origines : de la chance, j’en avais assez peu au départ… mais je crois m’en être assez bien servie.
Y. D. : Consultez-vous régulièrement votre horoscope ?
J. G. : Quotidiennement.
Préambule
Y. D. : Ce qu’évoque pour vous le mot “esprit”.
J. G. : Simplement, la source de tout.
Part spirituelle
Y. D. : Le mystère qui vous émeut le plus.
J. G. : La naissance. Y compris celle de l’espèce humaine.
Y. D. : Les qualités auxquelles vous êtes sensible avant tout.
J. G. : La générosité et la spontanéité.
Y. D. : Le défaut personnel que vous aimeriez corriger.
J. G. : Un peu trop de spontanéité. Mais c’est aussi ma plus grande qualité.
Y. D. : La part la mieux cachée de vous-même.
J. G. : Le doute. L’incertitude. Surtout sur les petites choses : vous me mettez devant l’alternative “jaune ou bleu” : pas de problème. En revanche, quand il faut trancher entre “bleu et bleu”, ou “jaune et jaune” : impossible.
Y. D. : Vos éventuelles dispositions surnaturelles.
J. G. : Une compréhension intuitive des êtres et des situations. Ceux qui travaillent avec moi connaissent mon sixième sens pour “renifler” la difficulté longtemps avant qu’elle ne se présente.
Y. D. : Le don que vous aimeriez posséder.
J. G. : . Je serais tellement tranquille si j’avais la certitude.
Y. D. : L’attitude qui vous inquiète le plus chez les autres.
J. G. : La jalousie.
Y. D. : Votre attitude face aux signes extérieurs.
J. G. : Comme je crois à la destinée, j’y suis très sensible. Je suis même en permanence dans la recherche des signes.
Y. D. : Votre intuition la plus mémorable.
J. G. : J’ai eu, dès 10 ans, et malgré le milieu d’où je venais, le sentiment assez net de ma destination. Plus précisément, lorsque j’ai visité Champ de Bataille [son château en Normandie, ndlr] alors en vente, j’ai su que cela ne pourrait plus appartenir à quelqu’un d’autre.
Vécu et ressenti
Y. D. : La réalisation qui vous correspond le mieux.
J. G. : La prochaine ! [rires] Évidemment Champ de Bataille. Parce que cette réalisation-là m’a permis de me dépasser.
Y. D. : L’image que vous aimeriez laisser de vous-même.
J. G. : Celle d’un homme humble.
Y. D. : Le grand regret de votre vie.
J. G. : L’amour de mon père, parti trop tôt – et à la suite d’une erreur médicale !
Y. D. : L'action dont vous êtes le plus fier ?
J. G. : Je ne suis pas mécontent d’avoir su pousser certains à l’impossible. Je parle de mes amis ; or, j’ai su garder mes plus anciens amis. Ce qui bloque les gens, c’est la peur d’échouer. Il suffit donc de les convaincre que ce qui leur paraît inaccessible est en réalité à portée de main. Ça, je sais faire…
Y. D. : Le moment que vous choisiriez de revivre.
J. G. : Justement, de grands moments d’amitié.
Y. D. : La personne qui vous manque le plus.
J. G. : Mon père.
Y. D. : La coïncidence qui vous a le plus marquée.
J. G. : Il m’est arrivé tant de belles histoires avec des objets d’art ! Je cherchais tel ou tel élément de décor, et il me tombait dans les mains comme par miracle ! Les objets viennent à moi.
Y. D. : Votre héros préféré.
J. G. : Judas Ben-Hur.
Y. D. : Le portrait de votre ange gardien.
J. G. : Certainement ma grand-mère. C’est elle qui m’a appris la générosité, l’art de recevoir et de tenir table ouverte. À sa mort, elle est devenue une part de moi-même.
Aspirations intimes
Y. D. : La personnalité que vous souhaiteriez fréquenter.
J. G. : Il y en a tant ! Je dirais Marie-Laure de Noailles, parce qu’elle m’a fait rêver. J’aimerais aussi rencontrer quelques maîtresses royales, de La Montespan à La Pompadour. Ces dames ont joué un rôle majeur dans les domaines qui m’intéressent, et je suis consterné de voir que les hommes de pouvoir ne sont plus entourés de ces femmes extraordinaires.
Y. D. : Un lieu qui évoque le bonheur.
J. G. : ersailles, puisque je suis franco-français, et qu’il faut arrêter de cracher dans la soupe qui nous a nourrie pendant des siècles.
Y. D. : Un pays qui parle à votre cœur.
J. G. : La France, dont j’essaie de servir l’esprit… Mais aussi mon Orient idéal.
Y. D. : L’heure du jour qui vous inspire.
J. G. : Je suis meilleur le matin. Je remplis ma journée dans les dix minutes qui suivent mon réveil. Pour moi, le matin, c’est à la fois la bonne humeur et l’inspiration.
Y. D. : L’époque à laquelle vous auriez aimé vivre.
J. G. : L’époque romaine. Mais il y en a beaucoup d’autres… Du reste, j’ai adoré le XXe siècle, et je suis déjà fou du XXIe.
Y. D. : Votre petit plaisir quotidien.
J. G. : Regarder Télématin, puis aller retrouver mon amie Tessa au bureau.
Y. D. : Ce que vous attendez de vos amis.
J. G. : Je n’en attends rien, ils m’ont déjà tout donné…
Y. D. : Ce que vous voudriez épargner à ceux que vous aimez.
J. G. : La souffrance et l’ingratitude. Je pense qu’il n’y a rien de pire que l’ingratitude.
Y. D. : Quelle mort vous choisiriez pour vous-même.
J. G. : Une mort tranquille.
Post-scriptum
Y. D. : Votre phrase préférée.
J. G. :Celle de la duchesse de Windsor : “Jamais trop riche, jamais trop maigre”, que je modifierais ainsi : “Jamais trop riche, jamais trop”.
Y. D. : Quelle question vous auriez aimé que je vous pose ?
J. G. : Est-ce que tu m’aimes Jacques ?
Y. D. : Quelle question vous aimeriez me poser ?
J. G. : Est-ce que tu m’aimes, Yaguel ?
Portrait Minute
Drôle, sensible, inquiet, incroyablement intuitif, si simple malgré tant de réussite, prodigue de son enthousiasme et généreux de ses rêves, il a le don rare de la pensée créatrice.
Flash Voyance
Je sens que cet homme progresse comme jamais vers une sorte de dépouillement, d’ascèse esthétique. Il n’a pas fini de nous surprendre car il sera bientôt en mesure de communiquer toute la simplicité qui l’habite. Ayant été au bout de son rêve, il est mûr pour un retour vers ce qui est profondément lui-même : un être essentiel, digne de l’épure.



