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Découvrez l'architecte d'Art Home
Il aime l’azur. Nébuleux ou éclatant, comme celui de la vidéo qui lui a valu, à 36 ans, le prix Marcel-Duchamp 2008. Pour le palais de Tokyo, Laurent Grasso invente Art Home, un restaurant éphémère niché dans une structure aérienne posée à fleur de nuages.
On y dormait, on y dînera, dans les étoiles, face aux éclats de la tour Eiffel. Pour remplacer Everland, cette chambre d’hôtel posée sur le toit du musée, l’artiste a imaginé Art Home (prononcer arôme) une salle à manger éphémère. Quatorze mètres sur sept, une architecture réalisée en tôle perforée blanche et en verre. “Cet endroit doit être magique, exceptionnel.” Le résultat d’un an de travail en collaboration avec la marque Electrolux et le palais de Tokyo. “Laurent est un créateur «contemporain», souligne Mark Alizart, directeur adjoint du palais. Le mot paraît simple mais le qualifie parfaitement : totalement en prise avec son époque, passionné par la technologie, l’informatique, l’armement ou les voyages.” Les mégalopoles asiatiques l’inspirent, il a dessiné Art Home après un voyage à Tokyo où il a découvert un minuscule restaurant, discret et délicieux.
Un créateur du troisième millénaire
L’artiste avoue être très attentif à la gastronomie. “Pourtant, je n’ai pas l’impression de créer un énième restaurant, un énième endroit branché. Les convives décideront… Cette architecture reste ouverte.” Pendant un an, elle accueillera une table d’hôtes de dix personnes pour des déjeuners ou des dîners à réserver sur eBay (1). Le chef Gilles Stassart, sorte de DJ résident, concoctera chaque jour sa playlist gourmande (entre 60 et 90 euros). À l’étage inférieur, des ateliers de cuisine seront ouverts au public. “Nous avions très envie de prolonger l’aventure Everland, explique Mark Alizart, tout en préservant l’accessibilité et la transmission aux visiteurs. Notre projet avec Electrolux est l’un des plus beaux partenariats entre un musée, une marque et un créateur.”
Laurent Grasso a lui aussi été séduit par cette volonté de sortir du mécénat classique. Une grande partie de son travail consiste à montrer des films dans des musées. Très vite, il a conçu des dispositifs autonomes pour les mettre en scène. En 2006, il a ainsi créé un petit studio vitré pour le palais de Tokyo et Radio Classique qui y enregistrait chaque jour une émission. “Il faut abandonner les simples exécutions de commandes pour aller vers un véritable partenariat avec les entreprises. Une démarche balbutiante en France, où la vision de l’artiste est encore très XIXe siècle…” Dans son atelier du 14e arrondissement, l’artiste impose l’image du créateur du XXIe siècle. Les lieux sont immaculés, seuls sont exposés un caisson et une enceinte, reliquats de l’installation qui lui a permis d’obtenir le prix Duchamp à la Fiac, à l’automne dernier. Rien non plus du savant fou, plutôt le look sobre du trentenaire successfull, posé et réfléchi.
L’homme aime brouiller les frontières. Que ce soit dans ses vidéos, ses dispositifs architecturaux ou ses installations (2), il introduit toujours une part d’étrange dans des décors ordinaires. Il se joue des limites entre fiction et réalité, pour mieux susciter la curiosité. “Il y a quinze ans, aux Beaux-Arts, j’ai réalisé un bar clandestin sur un lieu d’exposition. Il fallait en dénicher l’entrée, oser passer la porte… J’aime cette idée de provoquer un questionnement, d’obliger le visiteur à avoir du cran. C’est un peu la même chose avec le projet du palais de Tokyo, on peut passer à côté mais aussi avoir envie de découvrir ce lieu unique, puis convaincre les autres d’y aller.” La rumeur se diffusera, comme le brouillard qui, dans l’une des vidéos de l’artiste, envahissait les rues de la capitale.
(1) Premières mises aux enchères le 21 juin, ouverture d’Art Home le 1er juillet.
(2) The Horn Perspective. Espace 315 du Centre Pompidou. Paris 4e. Du 17 juin au 14 septembre.
Pour en savoir plus découvrez le site www.art-home-electrolux.com



